Histoire de la discipline

Par Jean-Pierre Reboul

« La pioche minutieuse des archéologues découvre, couche par couche, la trace émouvante des civilisations »
Daniel Rops

 Origines de l’archéologie

La première utilisation du terme « archéologie » se trouve dans un dialogue de Platon du IVe siècle avant notre ère, dans la bouche du sophiste Hippias, parlant des spartiates : « Les généalogies, Socrate, (…) la manière dont les villes ont été fondées et en général tout ce qui se rapporte au passé [archaiologia], voilà ce qu’ils écoutent avec le plus de plaisir ». Il s’agit donc d’un mot composé, d’un néologisme, désignant l’histoire, particulièrement difficile, des temps mythiques de fondation de cités, sur lesquels peu de textes sont conservés. À part quelques réflexions célèbres de l’historien Thucydide dans sa Guerre du Péloponnèse, l’archéologie telle que nous l’entendons aujourd’hui n’est pas réellement pratiquée dans l’Antiquité.
La situation est un peu la même en français, où « archéologie » est un mot savant, attesté à partir de 1559 seulement (Petit Robert). Le Moyen Âge n’avait en effet pas eu besoin de ce concept, car il vit la destruction ou la dissimulation de la plupart des objets antiques, assimilés à des restes païens. Seuls les carolingiens prêtèrent plus d’attention à leurs racines romaines (réutilisation de sarcophages, de modèles iconographiques…), si bien qu’on a pu parler de « renaissance carolingienne ». Les antiquaires (collectionneurs d’objets antiques ou de fragments remarquables) de la seconde Renaissance, celle des XVe et XVIe siècles, furent avant tout des amateurs d’antiquité, sans être de véritables archéologues.

 

 Naissance de l’archéologie

La véritable naissance de l’archéologie moderne s’effectua au XVIIIe siècle, lors de la redécouverte des villes de Pompéi et d’Herculanum, détruites en 79 par l’éruption du Vésuve. Leur dégagement rapide autant que brutal entraîna une hausse sans précédent du nombre d’objets archéologiques sur le marché des antiquités, si bien que certaines collections particulières atteignirent les dimensions de véritables musées. En France le comte de Caylus, plus encyclopédiste qu’homme de terrain, put ainsi en venir à considérer chaque objet comme attribuable à un style et à une époque définis, base de la typologie.
D’annexe de l’histoire, l’archéologie devint au cours du dix-neuvième siècle une science à part entière, même si divers blocages génèrent longtemps son développement. Ainsi le but des fouilles demeurait souvent la découverte de « beaux objets », même pour Schliemann, le passionné découvreur de Troie, d’où la perte irrémédiable de beaucoup d’informations. Le texte de la Genèse entrait lui en contradiction avec la chronologie des « temps antédiluviens » de Boucher de Perthes, basée sur sa découverte de silex taillés sans la Somme. La terre se révélait beaucoup plus ancienne que les quelques millénaires que les gloses de la Bible lui avaient accordés jusqu’à alors… et l’humanité de même.
L’archéologie finit cependant par s’institutionnaliser, en dépit des moqueries de Flaubert dans Bouvard et Pécuchet, ce qui passa par la création d’importantes écoles à l’étranger. La plus ancienne est l’Ecole française d’Athènes, fondée en 1846, bientôt imitée par le Deutsches Archäologisches Institut, l’American School of Classical Studies, la British School of archaeology, l’École italienne… (« Comment devient-on archéologue »). Elles furent richement dotées, pour soutenir le prestige à l’étranger des grandes nations européennes.
L’archéologie métropolitaine connut un fléchissement assez marqué dans l’entre-deux-guerres, alors même que ces grandes écoles faisaient considérablement progresser notre connaissance des temps antiques. Le renouveau vint de la reconstruction de l’après guerre, qui entraîna une augmentation sans précédent des fouilles de sauvetage.
Parallèlement, une nouvelle approche de l’archéologie, dite New archaeology, venue des États-Unis, entendait rejeter tout lien avec l’histoire, et privilégier les modèles mathématiques de traitement de données. Les progrès vinrent cependant plutôt de la généralisation des fouilles stratigraphiques, initiées par les préhistoriens, et du développement de nombreuses sciences annexes. Ils se poursuivent malgré les problèmes de financement que connaît désormais l’archéologie.

 

 Webographie


Jean-Pierre Reboul
(élève ENS 2e année, 2004)


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