Exposition au Crous de Boulogne, 24 octobre-19 décembre 2014


Les Gaulois à PSL…
Exposition du 24 octobre jusqu’au 19 décembre, au Restaurant universitaire du Crous de Boulogne-Billancourt (Métro Marcel Sembat).
Cette exposition, soutenue par Paris Sciences et Lettres et organisée au CROUS de Paris par le projet Les Gaulois à PSL, porte sur l’archéologie sur les Gaulois de l’Âge du Fer. L’objectif de cette exposition est de présenter des photographies de découvertes archéologiques mais aussi d’archéologues, pour faire découvrir au visiteur des facettes de ces peuples encore peu connus du grand public.

 Pourquoi s’intéresser aux Celtes ?

L’intérêt pour le monde gaulois date de la Renaissance, quand François 1er cherche une origine mythologique pour la France, ce qui conduit les érudits à s’intéresser aux habitants de la Gaule d’avant la période romaine. Au cours des siècles, le goût pour les Celtes se développe peu à peu ; au XVIIIème siècle les recherches linguistiques établissent une parenté entre la langue des habitants de la Gaule d’avant la conquête romaine et les langues encore parlées en Bretagne, Cornouailles, Pays de Galles et Écosse. Dès lors, une « celtomanie » s’empare des écrivains et érudits. Le XIXème siècle voit les premières fouilles archéologiques ; de 1843 à 1863 la nécropole de la mine de sel de Hallstatt, en Autriche, est fouillée, et de 1868 à 1873 le site de La Tène, sur le lac de Neuchâtel, en Suisse, est fouillé ; ces deux sites donneront leur nom respectivement au Premier Âge du Fer (VIIIème - VIème siècles av. J.-C.) et au Deuxième Âge du Fer (Vème - Ier siècle av. J.-C.). Les fouilles prennent de plus en plus d’ampleur au XXème siècle et utilisent de plus de techniques scientifiques. Notre connaissance actuelle sur les Celtes est de plus en plus assurée et précise.

Vue de l’exposition à Boulogne
Vue de l’exposition à Boulogne

  Qui sont les Celtes ?

Les origines des Celtes sont mal connues ; les premières inscriptions en langue celtique ne remontent qu’au IVème siècle av. J.-C. Les recherches actuelles font remonter l’arrivée des populations celtophones à la fin de la période du néolithique, vers -2 500 et tout au long de l’Âge du Bronze (périodes pour lesquelles nous n’avons pas de traces écrites). On peut parler de Celtes proprement dit à partir du Premier Âge du Fer, soit à partir du VIIIème siècle -période dite de Hallstatt, où se mettent en place les structures fondamentales du monde celtique. Les Celtes occupent un très vaste territoire, qui ne se réduit nullement à la France actuelle ! Ils sont présents de la Hongrie actuelle aux rivages de l’Atlantique, du nord de l’Écosse et de l’Irlande à la plaine du Pô (Italie du nord) et à l’Espagne. En -386, des Celtes de Gaule prennent et pillent Rome et en -279 un groupe de Celtes venu de l’actuelle Hongrie s’attaque au sanctuaire Sanctuaire
Sanctuaires
Lieu sacré, consacré par une religion.
de Delphes, avant de s’installer en Asie mineure dans ce que l’on appellera la Galatie (du grec Galatai, qui désigne cette troupe), située dans l’actuelle Turquie.

  Quelle est la différence entre les Celtes et les Gaulois ?

Les Grecs ont donné le nom de Keltoi aux peuples vivant en Europe continentale, terme que les Romains ont traduit par Celtae ; quand au terme Galli, il est la traduction de Galatai (et n’a rien à voir étymologiquement avec le coq, gallus en latin). Jules César, lors son entreprise de conquête, a donné le nom de Galli spécifiquement aux populations qu’il cherchait à soumettre. Dans le langage actuel, le terme de Celtes désigne les populations de l’Âge du Fer en Europe, tandis que celui de Gaulois désigne spécifiquement les peuples de l’Âge du Fer dans le territoire conquis par César, nommé Gaule -et qui correspond approximativement à la France actuelle.

  Comment les Celtes étaient-ils ?

Les découvertes archéologiques récentes ont déconstruit l’images des Celtes héritée de l’imaginaire du XIXème siècle et de la bande dessinée Astérix. Certes, les Celtes étaient un peuple de guerriers qui, du fait de la structure de leurs sociétés, se battaient continuellement contre d’autres peuples (mais aussi entre eux) et buvaient de la cervoise (et du vin pour les plus riches). Néanmoins, ils ne vivaient pas dans des huttes rondes mais dans de véritables maisons (avec une structure de bois et des murs de torchis) et quand les Romains disaient qu’ils ne craignaient qu’un chose, que le ciel leur tombe sur la tête, c’était pour souligner leur absence de peur au combat.

 L’art gaulois :

L’art gaulois a été longtemps négligé du fait de sa spécificité : loin de chercher à représenter les êtres de manière naturaliste, les artisans gaulois ont toujours préféré la stylisation et l’abstraction.

  • Le casque d’Agris : (casque A)

Il ne s’agit pas d’un casque de guerre, mais d’un casque d’apparat, voire d’un casque cultuel. Ce casque a été retrouvé dans une grotte du sud-ouest de la France, qui semble avoir été un sanctuaire dédié à une divinité souterraine. Il est composé de trois couches de fer, de bronze et d’or, et est rehaussé de corail. Les artisans gaulois maîtrisaient parfaitement les techniques pour fondre les métaux et plaquer de fines couches de métal. Datation : fin Vème - début IVème siècle av. J.-C.

  • La Gaule sous De Gaulle :

Ce « couvercle », trouvé lors des fouilles préventives à l’emplacement de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle, représente l’un des sommets de l’art gaulois. Cet objet a été trouvé dans la tombe d’un important personnage reposant sur un char à quatre roues. Il s’agit donc d’un objet de prestige, mais sa fonction est indéterminée. Les attisants gaulois étaient d’une très grande virtuosité technique : cet objet en bronze a été coulé selon la technique de la cire perdue, qui demande une grande précision dans l’exécution de la tâche. Datation : IIIème siècle av. J.-C.

  • Roissy 2 : (IMG 1724)

Détail du « couvercle de Roissy ». Les Gaulois ne cherchaient pas à représenter le réel tel que nous le voyons, mais préféraient les motifs d’animaux fantastiques tendant vers la représentation abstraite. Ici, il s’agit d’un animal imaginaire, représenté avec sa crinière, les oreilles pointées vers l’arrière, les yeux mi-clos et la gueule entrouverte, montrant une rangée de dents. Le sens de la représentation de ce monstre est à jamais mystérieux, ce couvercle étant unique. Le fait que les Gaulois n’ont laissé que très peu de traces écrites nous donne les plus grandes difficultés pour reconstituer leur mythologie.

Ces monnaies ont été frappées par le peuple des Coriosolites, vivant dans le centre de l’actuelle Bretagne. Les premières monnaies celtes étaient des imitations du statère en or de Philippe de Macédoine, roi grec du IVème siècle av. J.-C. Les artisans gaulois ont rapidement établi leurs propres codes de représentation des visages : il ne s’agissait pas pour eux de représenter le visage de la personne de manière réaliste, mais bien plutôt de manière abstraite. Sur ces pièces, seule la chevelure est travaillée, tandis que le nez et les yeux sont plus marqués que le reste du visage. Il ne s’agit pas d’une quelconque maladresse mais bien d’un traitement artistique délibéré. Datation : IIème - Ier siècle av. J.-C.

 Oppida et sanctuaires :

Les Gaulois ont vécu au cours de la période de La Tène dans des villes en plaine, et ce n’est que vers le Ier siècle av. J.-C. que les oppida, villes fortifiées établies sur des collines escarpées, ont fait leur apparition.

  • Reconstitution du rempart de Bibracte : (rempart Bibracte)

À partir du début du Ier siècle av. J.-C., les Gaulois quittent les agglomérations de plaines où ils vivaient jusqu’alors et s’installent dans des villes au somment de collines -les oppida (singulier : oppidum). Ici, reconstitution de remparts sur l’oppidum de Bibracte (Bourgogne), place forte du peuple gaulois des Éduens. Le site archéologique a livré de nombreux objets et bâtiments qui permettent de comprendre le passage de l’époque gauloise à l’époque gallo-romaine.

  • Reconstitution et vue en coupe d’un murus gallicus : (murus16)

Il s’agit d’un rempart de pierres et de terre scandé par des poutres en bois, ce qui assure la solidité de l’ensemble. De longs clous en fer viennent renforcer la structure. Ce type de rempart, très résistant, a donné du fil à retordre aux armées de César, lequel lui a donné le nom de murus gallicus, c’est-à-dire de « rempart gaulois ». Datation : IIème - Ier siècle av. J.-C.

  • Vue en plan des fouilles du murus gallicus de Bibracte : (murus bibracte 16)

Le parement de pierres est bien visible au premier plan, tandis que les grands creux ovales sont en réalité la trace en négatif des poutres de bois. En effet, le bois ne se conserve au fil des siècles que quand il est immergé dans l’eau ; autrement il sèche et tombe en poussière. Les archéologues retrouvent alors la trace du bois « en négatif », c’est-à-dire qu’il ne reste que la terre qui entourait le bois. Datation : IIème - Ier siècle av. J.-C.

 La guerre :

Les peuples gaulois étaient des peuples guerriers, disposant d’un armement armement sophistiqué et d’une grande stratégie militaire. Ce qui conduisait à des batailles parfois sanglantes.

  • Statère de Vercingétorix : (Vercingetorix 15) Vercingétorix, fils du roi des Arvernes, est le premier des chefs à avoir réussi à rassembler autour de lui les différentes populations gauloises contre César -auparavant occupées à se battre entre elles. Sa stratégie militaire à Alésia, loin d’être désorganisée, était en réalité extrêmement bien calculée : Vercingétorix a en effet pris position sur l’oppidum d’Alésia et à cherché à prendre en étau par un deuxième siège les Romains qui assiégeaient l’oppidum. Il est permis de formuler l’hypothèse que la défaite de Vercingétorix serait due à une trahison de dernière minute de la part de l’armée des Éduens, peuple allié de César et rallié à Vercingétorix à la dernière minute. Datation : 52 av. J.-C.
  • Vue des fouilles de Ribemont : (ossuaire Ribemont 15) Le sanctuaire de Ribemont-sur-Ancre, en Picardie, est en réalité un trophée de guerre où sont regroupés les corps des ennemis tués lors d’un combat entre deux peuples celtes. Deux fosses contiennent des os longs humains, soigneusement entrecroisés, à côté d’un autel destiné à recevoir des cendres humaines. Près de ces fosses, les corps momifiés et décapités des ennemis étaient suspendus avec leurs armes. La pratique gauloise de couper la tête de l’ennemi tué au combat et de la suspendre au cou du cheval du vainqueur ou alors de la clouer contre le mur des sanctuaires est largement attestée par l’archéologie et les textes. Datation : IIIème - IIème siècle av. J.-C.
  • Tombe d’un guerrier gaulois : (IMG 2455) Cette tombe est celle d’un guerrier celte. La tombe a été creusée dans le sol et les parois ont été aménagées avec un appareillage de pierres. Cet homme, qui souffrait manifestement d’une scoliose, a été enterré avec ses armes, dont un bouclier (dont il ne reste plus que l’umbo, à savoir la partie conique située au milieu du bouclier et qui sert à dévier les coups), des lances et une épée, arme noble par excellence. Une service à voire en bronze et des plats en terre cuite remplis de victuailles attestent du rite du banquer funéraire fait par les vivants et qui se prolonge dans la tombe (le festin pour l’éternité). Datation : Âge de La Tène, Italie

 Les techniques de fouille :

Cette section présente le terrain sur lequel opèrent les archéologues. Il ne s’agit pas de prélever les objets sans ménagements, mais au contraire de lire les archives de la terre.

  • Dessin en coupe : (CF2013 dessin) Le dessin en archéologie n’est pas un exercice de virtuosité artistique, au contraire. Il s’agit de rendre compte, sur du papier millimétré, des différences de couches stratigraphiques, dans le cas d’un dessin en coupe, et des différences unités archéologiques, dans le cas d’un dessin en plan. Sur cette photo, les couches stratigraphiques sont nettement visibles sous forme de bandes de terre de couleur différentes, plus ou moins courbes. Les limites de ces couches ont été repassés à la truelle pour les rendre plus visibles.
  • Dégagement d’un fourreau d’épée (27 7 04 002) Il s’agit du dégagement d’un fourreau d’épée. Les couches entourant l’objet ont été enlevées délicatement à l’aide d’une truelle de forme losangée, pour laisser apparaître l’objet. Le prélèvement est fait avec délicatesse, pour ne pas briser le fourreau en fer, fragilisé par l’oxydation. Sitôt prélevé, cet artefact sera immédiatement remis à un laboratoire, qui le protègera par un traitement chimique spécial et lui rendra son éclat d’origine.
  • Vue de la fouille du site de Corent : (Corent 7042) Le sol a été décapé à la pelle mécanique, afin de faire apparaître la couche archéologique de l’époque gauloise. Les fils blancs tendus sur le terrain correspondent au carroyage de Wheeler, qui consiste à délimiter des carrés de fouille, numérotés par ordre croissant, afin de pouvoir attribuer une localisation précise à chaque artefact sorti de la fouille.
  • Vue de la fouille du site de Châteaumeillant (Chateaumeillant 005) Les trous dans le sol correspondent à des fosses ou des trous de poteaux déjà fouillés. La fouille se fait en dégageant la première moitié de la fosse (comme cela se voit au premier plan de la photographie) puis la seconde moitié.
  • Fouille du site gaulois d’Acy-Romance (Acy-Romance 18) Il s’agit ici de silos à grains, construits en hauteur sur des poutres de bois pour éviter que les rongeurs ne s’emparent des grains. Les poutres ont totalement disparu et ont pourri dans le sol ; les archéologues nomment leur trace des « trous de poteaux ». Lors de le fouille, les archéologues tâchent de retrouver le creusement dans le sol, puis plantent dedans de nouveau des poteaux -modernes- pour rendre matérialiser les bâtiments disparus. Datation : IIème - Ier siècle

Mélanie Démeraux


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