« L’idée d’un âge du Fer préromain. Le tournant des années 1860 », Thierry Lejars

par Gadea Cabanillas de la Torre

Thierry Lejars, « L’idée d’un âge du Fer préromain. Le tournant des années 1860 », dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32). Bordeaux, 2013, p. 27-36.

La contribution de Th. Lejars, consacrée à la configuration dans l’historiographie essentiellement francophone (mais fortement influencée par le climat de la recherche européenne) de la notion de l’âge du Fer, pose le cadre historique de la recherche sur cette période. L’article retrace donc les débats, les hésitations, les ajustements qui se sont imposés, jalonnés par la fouille de sites emblématiques, la parution de publications scientifiques et les rencontres de spécialistes, pour aboutir à l’image de l’âge du Fer que nous avons héritée de la recherche du XIXème siècle.

L’objectif du texte, la transmission d’une véritable notion de construction progressive de la discipline et de la périodisation archéologiques (qui aujourd’hui semblent aller de soi), est atteint à travers un développement alternant les points de thématiques et l’évolution chronologique des idées des principaux acteurs, au long d’une décennie charnière, les années 1860. Le fil conducteur choisi, l’emploi du fer, en particulier pour la fabrication d’armes, pendant la Protohistoire, ainsi que les exemples mis en avant, comme les sites de La Tène ou d’Alésia, structurent la réflexion autour des thématiques sur lesquelles l’auteur est un spécialiste reconnu.

Le choix chronologique témoigne de l’importance du cadrage géographique de la réflexion : elle se place dans l’espace francophone, où se développent parallèlement et de manière complémentaire, à cette période, une activité de terrain et de recherche intenses et une discipline archéologique fortement marquée par l’appui de l’État et la dimension nationale qu’acquiert l’histoire des vestiges matériels, surtout en France. L’article met donc en avant la cristallisation des problèmes méthodologiques essentiels au découpage chronologique des données archéologiques, que la tradition historico-culturelle a dû vaincre avant de produire un cadre chronologique aux sites emblématiques découverts au XIXème s. L’erreur des datations des objets en soi, en partant des a priori sur la période traitée, et non d’une approche du contexte, en particulier du site, ayant fourni le mobilier, la consolidation de malentendus à travers les rapprochements de parallèles mal datés en font partie. En cela, le choix de l’armement armement comme élément central de la réflexion semble parfaitement adapté.

C’est dans ce contexte de formation de la discipline que l’auteur présente les principaux débats qui permettront, en l’espace d’une décennie, de jeter les bases pour la datation typologique du mobilier métallique gaulois. Le changement, selon cette synthèse, semble s’opérer au niveau de la perception même du monde gaulois de la part des chercheurs de l’époque, qui opposaient des arguments récurrents, sans fondement archéologique, à ce que l’on considère aujourd’hui comme des acquis. Reviennent ainsi dans la restitution des débats la perception des gaulois comme des barbares incapables de travailler le fer hormis de manière ponctuelle, et bien évidemment avec la qualité qu’impliquait l’apparition de pièces d’armement décorées sur les sites les plus riches.

Enfin, si l’on peut reprocher quelque chose à ce rappel fort instructif et parfaitement fondé sur une bibliographie ancienne (souvent peu connue et ici rigoureusement exploitée) du chemin tortueux qu’a suivi parfois l’acceptation d’idées fondamentales pour la recherche actuelle, c’est de ne pas développer davantage la portée de cette période charnière dans notre discipline. En effet, si les données archéologiques prolifèrent et que les débats s’animent, c’est que la question de la barbarie en général et de l’efficacité militaire des gaulois en particulier commence à renfermer, dans la décennie de 1860, des enjeux culturels et politiques qui dépassent le cercle restreint des archéologues.

L’évolution décrite dans cette contribution serait le fruit, certes, des avancées scientifiques de ces années, mais également d’un changement de mentalité et d’un intérêt croissant pour ce « nouvel » âge du Fer.


Gadea Cabanillas de la Torre Doctorante en co-tutelle, UMR 8546 AOROC et Universidad Autónoma de Madrid (contractuelle FPI)