« Historiographie celte : la redécouverte des Gaulois dans le Nord de la France et en Belgique », Germaine Leman-Delerive

par Gadea Cabanillas de la Torre

Germaine Leman-Delerive, « Historiographie celte : la redécouverte des Gaulois dans le Nord de la France et en Belgique », dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32), Bordeaux, 2013, p. 37-47.

La thématique historiographique centrée sur l’âge du Fer à cheval entre deux pays voisins, la France et la Belgique, constitue également l’objet de la contribution de G. Leman-Delerive.

Le sujet présente l’avantage de traiter de manière simultanée un espace cohérent d’un point de vue archéologique, pour la période traitée, au-delà des frontières nationales. Cette démarche permet d’aborder une réflexion sur les modes et les rythmes d’appréhension d’une même réalité archéologique, perçue de deux contextes géopolitiques différents. La contribution, qui révise dans un ordre chronologique l’histoire de la recherche sur l’âge du Fer depuis les premières découvertes au XVIème s. jusqu’à la première moitié du XXème s., met en avant des décalages chronologiques dans l’évolution de la recherche, en particulier au début du siècle dernier, période pendant laquelle plusieurs auteurs de ces contributions remarquent une certaine stagnation en France.

Le choix de retracer de manière générale la recherche sur une période donnée présente dans ce cas l’avantage de mettre en valeur, comme dans l’article de Thierry Lejars, une certaine progression, et d’insister, c’est l’objectif explicite de l’auteur, sur le rôle des recherches de terrain précises, menées par des personnalités marquantes, dans l’évolution de l’archéologie. Cela ne l’empêche pas, en revanche, d’attribuer une importance cruciale au contexte politique dans la constitution progressive d’une discipline scientifique et professionnelle, d’autant plus que l’exemple de la France et la Belgique montre que la réappropriation politique du passé et l’institutionnalisation de l’archéologie, si fortement liées, se produisent à des moments divers et par des voies variées dans les différents pays européens, circonstance qui influence fortement la diversité des données archéologiques pour la même période. L’étude de ce contraste, vu du prisme des relations entre les deux pays et du rôle dans leur voisinage d’un passé gaulois, perçu comme commun ou pas, constitue sans doute une trouvaille intéressante.

Cette perspective, cependant, donne l’impression que les faits foisonnent sans que le lecteur non spécialiste ne distingue nettement l’impact plus ou moins fort des fouilles ou des publications dans l’ensemble de l’histoire de la recherche. Les points-clés choisis mettent peu en avant la différence entre, par exemple, les fouilles du début du XIXème siècle à Port-le-Grand (Somme), la trouvaille fortuite du dépôt de Frasnes-les-Buissenal (Hainaut) et les recherches scientifiques de la Commission de topographie Topographie Représentation des formes d’un terrain sur un plan. des Gaules dans la cité des Aduatuques. La grande quantité de données fournies dans l’article, qui se reflète dans une bibliographie ample, permet ainsi de présenter une synthèse très complète mais on reste parfois sur sa faim quant à la construction de notions citées dans le titre comme « celte » ou « Gaulois », qui jouent manifestement un rôle dans l’évolution de la discipline, dont beaucoup de jalons sont mentionnés dans le texte (datation des sites mégalithiques cités, lien avec les témoignages des sources anciennes, identification des ouvrages défensifs propres à l’âge du Fer…), mais aussi dans la mise en valeur des identités locales et nationales, et donc dans les rapports entre les deux pays tels qu’ils apparaissent dans la contribution, fortement influencés par une double perception de leur histoire.

Finalement, si le rôle fondateur des recherches menées au XIXème s. transparaît bien dans un texte clair et synthétique, on regrette parfois des rapprochements plus parlants avec la recherche sur cet espace au cours des 25 dernières années. La structure linéaire et chronologique semble parfois l’emporter sur des remarques plus personnelles, particulièrement enrichissantes, faisant le lien entre les problématiques de l’époque et d’aujourd’hui, l’évolution des techniques de relevé jusqu’à nos jours, les continuités et les ruptures dans l’étude des sites et des collections.


Gadea Cabanillas de la Torre Doctorante en co-tutelle, UMR 8546 AOROC et Universidad Autónoma de Madrid (contractuelle FPI)