« The French archaeological revolution : a British perspective », John Collis

par Gadea Cabanillas de la Torre

John Collis, « The French archaeological revolution : a British perspective », dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32), Bordeaux, 2013, p. 49-57.

J. Collis, apporte à l’ouvrage une contribution dont le titre original n’annonce aucune violence, mais une réflexion personnelle, issue de son expérience dans l’archéologie française des 40 dernières années.

L’objectif de l’article, affiché dès les premiers paragraphes, est de proposer une réflexion sur l’évolution rapide de la recherche archéologique en France, du point de vue des méthodes de terrain adoptées pour l’étude des sites de l’âge du Fer en Europe, que J. Collis et O. Buchsenschutz connaissent bien depuis les années 70. L’avantage d’une perspective extérieure à la France (et qui fait honneur au titre de l’ouvrage) se fait sentir dans l’ensemble de la contribution : elle s’articule autour de points clés dans la construction de l’archéologie moderne française, dont les parallèles se trouvent dans le reste de l’Europe et aux Etats-Unis.

Ces deux aspects sont dégagés d’une comparaison entre l’évolution de la discipline au Royaume-Uni et en France au cours du XXème s., période que l’auteur, comme d’autres contributeurs, divise en deux parties : une première moitié peu active en France, suivie d’une accélération, en particulier à partir des années 70. Cette remarque semble d’autant plus pertinente que J. Collis, de par son parcours, constitue un témoin d’exception pour traiter la problématique qu’il pose, c’est-à-dire, en quoi a consisté cette « révolution française » de l’archéologie et quel a été son contexte européen.

Le choix des outils méthodologiques traités est bien évidemment marqué par l’expérience et l’implication de J. Collis dans l’archéologie britannique et française, Il relie ainsi à juste titre une première avancée, la fouille en extension à la pratique de l’archéologie urbaine et rurale au Royaume-Uni et d’autres pays européens. Collis souligne bien qu’elle impliquait à la fois des avantages méthodologiques, dans la mesure où, en milieu rural, elle est fortement liée à l’implantation du décapage mécanique, et thématiques, puisque, en milieu urbain, elle a contribué à la mise en évidence de vestiges, comme les protohistoriques, peu perceptibles sur de petites fenêtres.

L’introduction de la prospection systématique est abordée d’un point de vue plus ample, à travers le renouveau théorique qu’impliqua la New Archaeology et le début des problématiques, partagées avec Buchsenschutz, sur le peuplement à l’âge du Fer. Le développement de cette pratique et des éléments d’interprétation qui l’accompagnent sont attribués à l’influence des problèmes pratiques liés au labourage intensif et aux besoins dérivés de l’étude des origines de l’agriculture. Si l’impact direct de ces deux aspects, plus liés au monde de la recherche anglo-saxon (les exemples qu’il fournit sont dans les deux cas en langue anglaise), peut être nuancé en France, Collis suggère une troisième origine sans doute plus évidente dans la recherche francophone : le besoin de développer des méthodes d’échantillonnage et d’étude systématiques, aux résultats quantifiables et traitables statistiquement, lié à l’étude du territoire et de la structure du peuplement.

J. Collis est donc bien placé pour rappeler ainsi que l’archéologie que nous connaissons aujourd’hui a cristallisé très récemment, et nous ramène aux fondements de nos gestes méthodologiques désormais devenus des réflexes. Dans le récit de cette progression, les expériences et les relations personnelles des acteurs jouent un rôle majeur, et Collis alterne dans un style léger l’anecdote et la remarque méthodologique, le site concret et les exigences théoriques. Cette réflexion a donc l’avantage non seulement de cibler des problématiques qui nous inquiètent toujours à l’heure des grands projets préventifs (sans que l’auteur ne fasse une distinction méthodologique quelque peu artificielle entre l’archéologie programmée et préventive), mais aussi de matérialiser de véritables fragments de mémoire vivante de l’archéologie. La réflexion de J. Collis est d’autant plus intéressante qu’il s’agit d’un des rares auteurs que l’on peut comparer à O. Buchsenschutz dans sa portée méthodologique, sa capacité d’interprétation, et la dimension européenne de sa carrière.


Gadea Cabanillas de la Torre Doctorante en co-tutelle, UMR 8546 AOROC et Universidad Autónoma de Madrid (contractuelle FPI)