« L’enseignement de la protohistoire à Paris I », Jean-Paul Demoule

par Gadea Cabanillas de la Torre

Jean-Paul Demoule, « L’enseignement de la protohistoire à Paris I », dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32). Bordeaux, 2013, p. 59-67.

Le développement de l’archéologie en France est abordé par J.-P. Demoule d’un prisme plus inhabituel : celui de l’enseignement dans une institution comme Paris I, dont le rayonnement et le rôle dans la carrière aussi bien de l’auteur que d’O. Buchsenschutz justifient largement une contribution dans ce volume. J.-P. Demoule adopte une perspective chronologique qui marque son interprétation de la suite des évènements : son texte s’articule autour des moments forts qu’il identifie en Mai 68, au décès de B. Soudsky en 1976 et au développement des problématiques protohistoriques au sein de l’Université à partir des années 1990.

Le tournant de Mai 68 est présenté à la fois comme un évènement politique majeur, un moment clé pour l’Université et un temps fort de la biographie d’O. Buchsenschutz, puisque c’est à ce moment qu’il est recruté en tant qu’assistant. En effet, cette période apparaît comme fondatrice non seulement d’un point de vue institutionnel, avec la scission de l’Institut d’Art, mais également dans le contenu de l’enseignement et la perception de la discipline, puisque Demoule insiste bien sur l’accès d’une nouvelle génération à l’enseignement de l’archéologie, à l’origine d’une perception plus globale de la transmission de la discipline, incluant les dernières innovations méthodologiques, et la création d’un enseignement spécifique de Protohistoire.

J. P. Demoule ne se borne cependant pas à présenter une histoire fermée de ces évènements puisque dans son récit la projection internationale de cette évolution, qui entraîna l’invitation de B. Soudsky à Paris joue un rôle essentiel. L’arrivée du chercheur tchèque, dont l’influence en France est également prisée par J. Collis, marque pour Demoule une étape de consolidation de la Protohistoire à Paris I. Ce processus n’est pas seulement identifié par la densification des structures de recherche au sein de l’Université et du CNRS, mais également par les avancées sur le terrain, en particulier la création du chantier-école de Levroux, dirigé par O. Buchsenschutz et le démarrage du projet de la vallée de l’Aisne. La participation d’un ensemble d’acteurs, parmi lesquels Buchsenschutz a joué un rôle majeur, entourés de multiples facteurs (incluant souvent des résistances institutionnelles) est donc mise en valeur dans cette vue globale du phénomène avec le recul des trente dernières années. On peut parfois noter que le récit se concentre davantage sur la recherche et l’enseignement du Néolithique et que l’auteur profite de l’occasion pour rendre hommage à des figures de proue dans ce domaine comme B. Soudsky et M. Lichardus. Ce léger biais est cependant justifié, d’une part, par la spécialité de l’auteur lui-même et, d’autre part, par le fait qu’il s’agit là bien de personnalités et d’évènements marquants qui s’insèrent dans le récit comme signes de l’ouverture internationale de Paris I, et du développement des différentes spécialités englobées dans la Protohistoire. C’est d’ailleurs en partie à l’influence toujours positive des collègues étrangers invités que l’on peut attribuer une autre des qualités de Paris I mentionnées par Demoule : son positionnement délibéré à la pointe des innovations méthodologiques et théoriques, qui se reflètent dans la création d’enseignements originaux et interdisciplinaires.

Dans l’ensemble, la contribution prête un rôle essentiel à Paris I dans le développement non seulement de l’enseignement de la Protohistoire comme l’annonce le titre, mais également dans les acquis méthodologiques et l’ouverture à l’international qui ont caractérisé le dernier quart de siècle dans notre discipline. Sans nier cette importance capitale ainsi que le rôle de référence que lui attribue l’auteur, il est vrai que parfois le bilan semble exclusivement positif et n’expose aucune limite aux succès de l’Université. Étant donné que l’article constitue une réflexion connotée subjectivement, étayée essentiellement par la vaste expérience de l’auteur (la bibliographie, où les hommages à d’autres professeurs de Paris I sont bien présents, reste succincte) et fermée par une allusion au principal débat actuel dans lequel est personnellement impliqué J.-P. Demoule, le problème de la commercialisation de l’archéologie préventive, cette perspective demeure justifiable dans le cadre d’une contribution personnelle.


Gadea Cabanillas de la Torre Doctorante en co-tutelle, UMR 8546 AOROC et Universidad Autónoma de Madrid (contractuelle FPI)