« Levroux... ou la véritable histoire d’une aventure archéologique », Sophie Krausz

par Gadea Cabanillas de la Torre

Sophie Krausz, « Levroux... ou la véritable histoire d’une aventure archéologique », dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32). Bordeaux, 2013, p. 75-92.

A l’heure où les grands décapages qui mettent au jour des milliers de structures en creux sont bien implantés dans notre démarche, S. Krausz nous rappelle qu’il n’en a pas toujours été ainsi et consacre sa contribution à retracer le processus par lequel cette méthode est devenue un acquis fondamental. A travers les éléments théoriques qui l’ont rendu possible et de l’exemple de Levroux, où O. Buchsenschutz a mis en place de nouvelles approches, l’auteure aborde quatre aspects : le passage de l’interprétation de ces structures comme fonds de cabanes à une lecture plus moderne, les méthodes d’analyse des fosses mises en place à Levroux, enfin les silos et la question des puits qui revient dans plusieurs régions de l’hexagone.

Le texte, qui dérive explicitement d’un cours, suit d’abord une progression chronologique pour expliquer l’évolution de la perception des structures en creux. Dans ce cadre, S. Krausz rappelle, comme d’autres auteurs dans ce volume, qu’il faut encore chercher dans l’influence de la New Archaeology l’origine de la préoccupation pour l’analyse spatiale et la compréhension des structures de l’habitat. C’est à nouveau le travail de B. Soudsky qui revient comme référence, aussi bien dans le projet de la vallée de l’Aisne qu’au niveau de la réflexion théorique. Puis, Levroux apparaît, outre comme un chantier école emblématique, comme jalon de la construction d’une méthodologie de traitement des données concernant les structures en creux. Ce titre de « laboratoire méthodologique » lui est valu, d’une part, en ce qui touche la compréhension des structures en soi, c’est-à-dire le travail de Buchsenschutz sur la typologie des creusements, que par l’étude de la distribution et la quantification du mobilier, en particulier de la faune, domaines dans lesquels l’auteure aurait été pionnière. Elle ne manque cependant pas de rappeler, à juste titre, les limites de ces méthodes, dans la mesure où la complexité des structures en creux ne permet pas toujours, malgré tant d’efforts, d’en saisir toute l’évolution. Ce problème, que posait déjà la fouille de Levroux, reste effectivement toujours d’actualité, autant d’un point de vue de la réflexion théorique que de la pratique du terrain.

La question de fond de la fonction de ces structures est posée ensuite à travers deux exemples précis qui touchent une bonne partie de la France. Si les silos semblent nettement identifiables dès les années 1970-1980, le problème des puits demeure une grande interrogation de l’archéologie protohistorique française. Dans un résumé de la recherche sur le sujet, S. Krausz met bien en évidence le caractère parfois circulaire du débat et signale que le climat tend de plus en plus vers la prudence plutôt que vers l’interprétation. Dans la lignée de sa réflexion sur la distribution des structures et de l’interprétation fonctionnelle par zones, elle suggère que ces creusements, pourtant semblables entre eux (l’exemple des caves à amphores à l’appui) auraient pu jouer des rôles variés en fonction de leur contexte. Dans cette conclusion, S. Krausz se montre finalement, elle aussi, plutôt prudente.

Si la contribution de S. Krausz fournit une synthèse claire sur la question des structures en creux, avec une proposition de phasage de l’histoire de la recherche à la clé, ainsi que d’intéressantes remarques sur les méthodes de fouilles actuelles, on peut également regretter, que malgré une perspective très axée sur l’espace, le choix de son sujet ait écarté des structures pourtant fondamentales et auxquelles O. Buchsenschutz a accordé également beaucoup d’attention : les fossés d’enclos, de parcellaire, etc. qui structurent l’espace et se constituent souvent en réseaux denses difficiles à lire, posant des questions proches de celles évoquées dans l’article.


Gadea Cabanillas de la Torre Doctorante en co-tutelle, UMR 8546 AOROC et Universidad Autónoma de Madrid (contractuelle FPI)