« Us et abus du concept de chaîne opératoire en archéologie », François Djindjian

par Gadea Cabanillas de la Torre

François Djindjian « Us et abus du concept de chaîne opératoire en archéologie », dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32). Bordeaux, 2013, p. 93-107.

La contribution de F. Djindjian aborde les problèmes liés à l’usage de l’expression et du concept de chaîne opératoire en archéologie à travers l’étude des origines de cette pratique, l’analyse des problèmes théoriques et méthodologiques qu’elle pose, pour proposer des alternatives à cet outil. On remonte ainsi aux origines de ce concept en anthropologie Anthropologie C’est l’étude des sciences humaines et des sciences naturelles qui étudie l’être humain sous tous ses aspects, sociaux, psychologiques, culturels et physiques. , l’œuvre de M. Mauss, que l’auteur qualifie de « mythe fondateur », dont l’usage archéologique, inauguré par Leroi-Gourhan, se serait ensuite écarté. Djindjian insiste, citations à l’appui, sur le fait que l’origine du terme ne se reporte pas à des analyses de technologiques mais à des approches anthropologiques qui la relient davantage aux notions de tradition et de processus cognitifs. L’origine de la définition et de l’emploi actuel du terme en archéologie serait donc à rechercher plutôt dans la tradition ethnologique postérieure représentée par la revue Techniques et cultures, qui n’aurait eu de véritable répercussion en archéologie qu’à partir des années 1980. L’auteur présente ainsi une histoire entrecoupée pendant laquelle les divers emplois de ce terme semblent davantage répondre à des phénomènes de mode.

La critique de la notion de chaîne opératoire en soi se concentre cependant sur les problèmes sémantiques que posent chacun des termes, peu adaptés, selon l’auteur, à la description des processus techniques, expression qu’il lui préfère. Djindjian signale autant un mauvais usage du concept de « chaîne » qu’un emploi démesuré souvent vide de sens. Or, c’est surtout de son point de vue formaliste qu’il critique l’impossibilité de rendre compte de la chaîne opératoire sous forme de graphe, et son caractère non quantifiable. Il propose, à ce titre, de nombreux exemples de méthodes pour parvenir à ces fins dans l’analyse d’un processus technique.

L’alternative mise en avant, le processus de fabrication, est appliquée à la pierre taillée pour montrer l’utilité de ce concept pour décomposer, dans une approche sémiologique, mais aussi pour formaliser et appliquer des méthodes statistiques à des processus complexes. Cette proposition, exposée de manière pédagogique, met donc davantage l’accent sur l’application d’une méthode que sur les conclusions que l’on peut en tirer. Malgré l’annonce prometteuse d’un « remariage entre la typologie et la technologie », on remarque l’absence d’une perspective sur l’insertion de cette alternative dans une démarche anthropologique plus vaste, ainsi que son potentiel sur d’autres types de mobilier archéologique.


Gadea Cabanillas de la Torre Doctorante en co-tutelle, UMR 8546 AOROC et Universidad Autónoma de Madrid (contractuelle FPI)