« L’invention d’une île », Jean-Paul Saint-Aubin

par Gadea Cabanillas de la Torre

Jean-Paul Saint-Aubin « L’invention d’une île », dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32), Bordeaux, 2013, p. 121-128

Cette contribution se concentre, comme une bonne partie de l’œuvre de l’auteur, sur le relevé des structures archéologiques et son évolution au cours des 30 dernières années. La référence littéraire à l’Île mystérieuse de Jules Verne sert à l’auteur de métaphore filée à travers laquelle il met en parallèle l’invention d’une île à travers son relevé topographique, et la découverte de structures archéologiques suivie d’un processus semblable.

L’exemple de Levroux sert ainsi à mettre en évidence l’apport d’O. Buchsenschutz dans le processus de mise en place, qui est décrit comme une recherche en soi, du système de relevé topographique d’une fouille. Dans ce sens, l’auteur se montre assez critique vis-à-vis des choix des archéologues, qu’il considère parfois peu adaptés à leur insertion dans une cartographie du territoire. Pour expliquer cette maladresse, il a recours à une idée originale : l’évolution semblable de la cartographie scientifique et de son emploi, beaucoup plus tardif, en archéologie, qui part des principes les plus simples, les moins gourmands en temps et en outillage, jusqu’à l’informatisation croissante du relevé topographique que l’on observe au cours des dernières années. C’est ce processus qui justifie la comparaison à la redécouverte des méthodes cartographiques les plus simples par les personnages de l’œuvre de J. Verne.

L’article pose donc, à partir d’un récit qui semble anecdotique – la découverte d’une île et sa représentation mentale à partir du relevé topographique et du baptême toponymique – des questions inhérentes au problème de l’emploi d’une topographie Topographie Représentation des formes d’un terrain sur un plan. , certes rudimentaire et adaptée aux non-spécialistes, dans la cadre archéologique. A travers ce portrait légèrement ironique de l’archéologue en apprenti cartographe qui reprend des méthodes souvent dépassées, il rappelle qu’une grande partie de la recherche méthodologique sur le terrain repose sur le relevé des structures.

Or, l’auteur semble bien conscient que la complexité du problème est de plus en plus dépassée, d’une part par le rodage que confèrent justement des exemples comme Levroux, et d’autre part par la généralisation des outils informatiques mais aussi par la spécialisation croissante qui fait que l’archéologue a en fait de plus en plus recours à un spécialiste topographe. Aujourd’hui, il semblerait qu’il ne soit donc plus question en topographie appliquée à l’archéologique autant de nouvelles stratégies de relevé que de sauvegarde et de traitement des données, et davantage de moyens humains et techniques (et donc économiques) plutôt que de véritables découvertes méthodologiques.


Gadea Cabanillas de la Torre Doctorante en co-tutelle, UMR 8546 AOROC et Universidad Autónoma de Madrid (contractuelle FPI)