« Le rempart vitrifié du Castro dos Ratinhos (Moura, Portugal) et la question de la vitrification dans les fortifications protohistoriques dans la péninsule Ibérique », António Carlos Silva, Luis Berrocal-Rangel, Víctor M. Rodero

par Ariane Ballmer

António Carlos Silva, Luis Berrocal-Rangel, Víctor M. Rodero, « Le rempart vitrifié du Castro dos Ratinhos (Moura, Portugal) et la question de la vitrification dans les fortifications protohistoriques dans la péninsule Ibérique », dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32), Bordeaux, 2013, p. 167-179.

L’article commence par un court aperçu des remparts vitrifiés connus sur la péninsule ibérique, c’est à dire des remparts exposés à de hautes températures lors d’un incendie avec le résultat de pierres déformées et « fondues ». A partir du mobilier associé, ils sont datés de la transition Bronze final - premier âge du Fer à la fin du second âge du Fer. Les auteurs soulignent la grande variation historique, culturelle et fonctionnelle des structures concernées et signalent l’importance de recherches intensives et de fouilles détaillées pour favoriser une compréhension plus différenciée.

L’article est donc consacré au site de Castro dos Ratinhos, dans le sud du Portugal, qui a été fouillé à partir de 2004 par l’ Instituto Português de Patrimonio Arquitectonico et l’ Université Autonoma de Madrid. Le site a connu différentes phases d’occupation entre le Bronze final et le premier âge du Fer. L’analyse du contexte spatial du site fortifié montre une situation, certes classique, mais qui n’en reste pas moins impressionnante : situé sur une élévation importante de 150 m, le Castro dos Ratinhos tient une position stratégique de contrôle sur les fleuves Guadiana, Ardila et Degebe. De plus, d’importants gisements miniers de galène argentifère, dont l’exploitation lors de la protohistoire est indiquée par la présence de mobilier archéologique, sont connus dans un rayon de 20 km.

Bien que le titre de l’article annonce en premier lieu une discussion des remparts vitrifiés en tant que tels, plusieurs aspects très intéressants sont abordés en même temps : la colonisation de la péninsule ibérique et son influence sur l’architecture (« orientalisation » p. 177), mais aussi le phénomène du retour à des formes architecturales précoloniales/indigènes. Une attention spéciale est prêtée au sanctuaire Sanctuaire
Sanctuaires
Lieu sacré, consacré par une religion.
dit « phénicien » (bâtiment MN23), dont la construction est datée des environs de 830 av. J.-C. La présence phénicienne, qui d’ailleurs n’est pas attestée par du mobilier, semble avoir un « caractère sélectif » (p. 173). Cependant, plusieurs cabanes dans l’acropole montrent des techniques de construction similaires à celles du sanctuaire, mises en évidence par les solins de pierre. Le site est fortifié par plusieurs grands remparts, certains se superposent sur des structures défensives de l’âge du Bronze. L’architecture du rempart entourant l’acropole du premier âge du Fer présente des techniques novatrices, ressemblant à celles du sanctuaire phénicien : de la maçonnerie régulière externe, des fondations, une évolution rectiligne et l’emboîtement des poutres en bois.

L’emplacement topographique, le système défensif, l’architecture des structures d’habitat et des éventuels indices de mobilier importé soulignent le statut prééminent de la communauté dont l’élite a ses racines à l’âge du Bronze. « Ratinhos correspond à l’un des grands habitats où vivaient les seigneurs de la guerre du Sud-Ouest ou les princesses qui portaient des lourds bijoux » (p. 177).

Vers 760 av. J.-C. le sanctuaire, ainsi que l’extrémité orientale du rempart (la partie la plus accessible) sont détruits par un incendie « ponctuel et incontrôlé » (p. 177). Cet épisode est suivi par une phase finale de réoccupation simple avec une réutilisation domestique des structures antérieures (entre autre du sanctuaire phénicien). Les techniques de construction phéniciennes, jadis novatrices, font place aux traditions de la fin de l’âge du Bronze. L’incendie et la destruction du site sont interprétés par les auteurs comme un « épisode de conflit social » (p. 178) lié au processus de la colonisation. Il n’est donc pas surprenant que l’occupation suivante soit marquée par une réutilisation des structures précédentes mais surtout - au regard des techniques et des formes - par un retour aux traditions indigènes.


Ariane Ballmer post-doctorante AOrOc


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