« L’embuscade boïenne de la silva Litana », Christian Peyre

par Ariane Ballmer

Christian Peyre, « L’embuscade boïenne de la silva Litana », dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32), Bordeaux, 2013, p. 635-643.

Christian Peyre s’interroge sur le récit de Tite-Live sur l’embuscade boïenne de la silva Litana, dans laquelle les Romains avaient subi une défaite dramatique en 216 av. J.-C. Dans le but d’une compréhension nuancée de cet incident, le texte est analysé au niveau historique, stratégique et politique puis comparé à d’autres sources.

La forêt Litana, scène de l’embuscade, est difficile à situer. Bien que Tite-Live mentionne les forêts et les marécages boïens, une localisation plus précise n’est pas possible. L’auteur propose une des forêts de la plaine de l’époque entre Parme et Reggio. Concernant la situation dans les bois ainsi que la tactique d’attaquer l’ennemi avec les moyens que peut fournir la forêt, c’est à dire à l’aide d’arbres entaillés à la base censés écraser les passants hostiles, Christian Peyre offre une interprétation intéressante. Ayant eu connaissance de l’épopée celtique des combats en forêt, dans lequel les combattants se transforment magiquement en arbres et vice versa, Tite-Live l’aurait « reprise pour la mettre en valeur dans son cadre historique » (p. 638), bien entendu sans métamorphose magique. D’ailleurs, l’arbre tombant utilisé comme « arme » est déjà connu du lecteur romain à travers l’épisode de la chasse à l’élan en Germanie, traduit par César dans la Guerre des Gaules.

Afin de pouvoir pénétrer dans la forêt dense, l’auteur propose une formation des troupes romaines en colonne de plus de 5 km plutôt qu’en agmen quadratum. Dans un tel cas, un piège sur toute la longueur de la colonne ainsi que son encerclement semble irréalisable, l’auteur suppose donc une attaque à la tête de la colonne.

Finalement, les rites boïens post-embuscades sont discutés, en particulier le prélèvement et le traitement de la tête du consul et commandant Lucius Postumius.


Ariane Ballmer post-doctorante AOrOc