« Manching : un champ de bataille ? » Susanne Sievers

par Ariane Ballmer

Susanne Sievers, « Manching : un champ de bataille ? » dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32), Bordeaux, 2013, p. 645-649.

Susanne Sievers éclaire l’histoire de l’oppidum de Manching à La Tène moyenne à l’aide de la quantité frappante d’armes trouvées sur le site. Le corpus Corpus Un corpus est un ensemble de documents, artistiques ou non (textes, images, vidéos, etc.), regroupés dans une optique précise. intéressant comprend environs 800 armes entières et fragmentées datant en grande partie de La Tène C.

Diverses manipulations (torsion, cassure, pliage) sur les objets peuvent être constatées. La proportion des types représentés (lames et fourreaux d’épée, chaînes de ceinturon, pointes de lance etc.) ainsi que la densité de répartition de cet ensemble dans l’aire centrale de l’habitat le distinguent fortement des mobiliers rencontrés dans d’autres surfaces fouillées.

Sommes-nous confrontés aux vestiges d’une bataille ? L’auteur reprend l’hypothèse, qu’elle avait déjà émise dans un article en 1991, d’un sanctuaire Sanctuaire
Sanctuaires
Lieu sacré, consacré par une religion.
situé au centre de l’habitat, où auraient été exposées ces armes et un cheval en fer (interprété comme statue de culte), le tout détruit lors d’une offensive hostile. Dans ce scénario, les armes seraient à comprendre comme butin sacrifié à l’occasion d’une bataille décisive. En cherchant l’appartenance originelle des armes exhibées dans ce sanctuaire, Susanne Sievers pousse la théorie encore plus loin dans cet article. L’ennemi représenté théoriquement dans le butin semble avoir le même répertoire stylistique que les habitants de Manching, ce qui amène l’auteur à envisager « une concurrence entre groupes, tribus et villes » (p. 646).

L’auteur souligne le « potentiel non seulement économique, mais aussi guerrier » (p. 647) de Manching. Les nombreux crânes humains trouvés dans l’habitat sont également interprétés comme des « signes de succès militaires des habitants de Manching » (p. 647). Les fouilles dans le quartier artisanal d’Altenfeld ont mis au jour 600 armes, dont une grande partie des éléments de garniture de fourreau et des tôles. La manipulation d’objets et leur transformation en barres indiquent un recyclage de l’armement armement .

Avec une datation à La Tène finale, cet ensemble d’Altenfeld est plus récent que celui du centre de l’habitat. Curieusement, le répertoire formel des armes provenant du quartier artisanal montre des différences significatives avec celui de la panoplie de Manching. Bien que les formes d’Europe centrale dominent, des parallèles de formes dans les extrémités de bouterolle indiquent aussi des provenances boïennes et alésiennes. Les questions qui s’ensuivent, savoir par exemple s’il s’agit d’un établissement d’étrangers, ou si on a récupéré des pièces de butin boïennes, ou si on a simplement réutilisé les armes prises à l’adversaire à La Tène finale, restent pour l’instant sans réponse.

Différents indices (mesures de constructions défensives, incendies) témoignent d’un événement guerrier dans l’habitat de Manching peu après 100 av. J.-C., éventuellement même à plusieurs reprises. « Au fond, chaque agglomération représente un champ de bataille potentiel » (p. 648) conclut l’auteur. Les armes trouvées à Manching représentent donc surtout une réalité dangereuse quasiment quotidienne, qui incluait autant le triomphe que la conquête.


Ariane Ballmer post-doctorante AOrOc