« Oppida en action. Libres réflexions sur le rôle militaire de l’oppidum gaulois (58-51 a.C.) », Alain Deyber

par Ariane Ballmer

Alain Deyber, « Oppida en action. Libres réflexions sur le rôle militaire de l’oppidum gaulois (58-51 a.C.) », dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32), Bordeaux, 2013, p. 661-670.

Du point de vue méthodologique, l’auteur s’appuie sur les sources écrites, notamment celles de César, mais aussi sur des faits archéologiques, et n’hésite pas à faire des comparaisons entre les guerres de l’Antiquité et la logique militaire moderne. Il distingue deux concepts principaux de défense : la défense du peuple se déroulant sur les fortifications des sites et la défense d’un territoire demandant une armée mobile. D’après les récits de César, les oppida étaient des lieux de mobilisation avec des arsenaux et des entrepôts, gardés et défendus par des garnisons. Ce rôle doit donc forcément être ajouté à la fonction politique, administrative, économique, financière et religieuse des oppida. Divers toponymes rappellent la fonction militaire de petits établissements situés dans des positions stratégiquement importantes, souvent liée à la cavalerie et à la charrerie.

L’auteur se réfère à une série d’arguments, qui selon d’autres chercheurs contredisent le rôle militaire et il montre au contraire que ces arguments soutiennent la fonction militaire des oppida. Premièrement, ni la longueur ni le tracé d’un rempart ne doit avoir une influence sur le potentiel de défense d’un site. De plus, des portes très larges n’empêchent pas une fonction stratégique de défense, au contraire, elles favorisent par exemple une retraite rapide et sans dommage d’une cavalerie. Du point de vue militaire, les énormes dimensions du périmètre défensif ou des portes ont donc du sens et ne sont pas en premier lieu des expressions symboliques.

Deuxièmement, l’auteur démontre que les remparts gaulois sont construits de manière à résister aux attaques. D’ailleurs, pour des questions d’effort, la construction des fortifications n’a pas pu être adaptée à la vitesse de développement des armes et des techniques de combat. À juste titre il est indiqué que les matériaux utilisés et la construction elle-même ont apparemment fait leurs preuves. Bien que le système défensif gaulois montre une série de faiblesses (surtout concernant les réserves et les machines de siège), plusieurs épisodes (Bibrax, Gorgobina, Lemonum) témoignent quand-même d’une défense très efficace.

L’auteur se prononce donc contre l’interprétation des fortifications des oppida comme purement ostentatoires et l’idée de sites indéfendables – « Enfin, l’architecture des remparts gaulois était tellement efficace que les Romains l’ont adoptée pour fortifier les premiers camps du limes Limes Frontière entre la Gaule et la Germanie. rhénan » (p. 668).


Ariane Ballmer post-doctorante AOrOc