« Arioviste et César : 61-58 a.C. », Michel Tarpin

par Ariane Ballmer

Michel Tarpin, « Arioviste et César : 61-58 a.C. » dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32), Bordeaux, 2013, p. 671-679.

Dans son article, Michel Tarpin examine le dialogue entre César et Arioviste lors de leur rencontre dans la plaine du Rhin en 61 av. J.-C. et compare les deux versions transmises l’une par César lui-même et l’autre par Dion Cassius. Selon le premier, il fait d’abord appel aux honneurs accordés aux Germains par Rome et rappelle qu’Arioviste était appelé roi et ami du peuple romain. Il réclame ensuite la liberté des Éduens, qui sont aussi honorés et alliés. Arioviste, selon le récit de César, rappelle dans sa réplique que son intervention en Gaule était exigée par les Gaulois et que ses actions se déroulaient selon le droit de la guerre. Il est d’ailleurs d’avis que l’alliance entre Rome et les Éduens n’est qu’un prétexte pour l’attaquer. Il évoque enfin ses contacts avec des nobles Romains qui approuveraient l’élimination de César. Michel Tarpin précise que cette dernière remarque fait de César « une victime de complots politiques internes » et d’Arioviste un « simple homme de main d’infâmes conspirateurs » (p. 673).

Dion, en revanche, présente César comme un agresseur avec des intentions ambitieuses dès le début. Même ses troupes auraient refusé de chercher une guerre illégitime à cause des ambitions personnelles de César. C’est seulement par un discours signalant les intérêts de Rome, la protection des alliés, la domination des agresseurs, l’expansion de l’empire et le danger et la malhonnêteté d’Arioviste, qu’il arrive à rassurer les troupes.

Concernant la communication, Michel Tarpin insiste ensuite sur le fait que les informations transmises entre César et Rome étaient retardées, alors que ses actions sont largement dépendantes des informations de dernières minutes. De plus, bien que César dispose d’un très grand réseau, l’implication dans des intérêts gaulois du premier informateur de César, à savoir Diviciacos, complexifie énormément la communication. L’entretien entre César et Diviciacos est d’autant plus compliqué qu’ils doivent recourir à un interprète, Valérius Troucillus, lui-même représentant les intérêts de la Provincia.

En effet, l’auteur démontre l’impact des facteurs communicatifs sur la politique, ainsi que le rôle essentiel de la rhétorique césarienne dans le déclenchement de la Guerre des Gaules. Sachant que sa communication, motivée par ses énormes ambitions surtout personnelles, allait au-delà d’un simple engagement de conviction : « Le mensonge n’est qu’un aspect presque mineur de son talent de manipulateur, comparé à sa capacité d’intoxication et à son habileté rhétorique » (p. 678).


Ariane Ballmer post-doctorante AOrOc