« Habitats et nécropoles de l’âge du Fer en Centre-Bretagne » Anne Villard-Le Tiec, Yves Menez, Thierry Lorho

par Philippe Charnotet

Anne Villard-Le Tiec, Yves Menez, Thierry Lorho, « Habitats et nécropoles de l’âge du Fer en Centre-Bretagne », dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32), Bordeaux, 2013, p. 261-279

À partir des prospections aériennes menées depuis trente ans en Bretagne, mais aussi des apports de l’archéologie programmée et de récentes fouilles préventives, plusieurs centaines de nécropoles et quelques milliers d’habitats enclos de l’âge du Fer ont pu être mis en évidence, dans le Centre-Ouest de cette région. Pour la période allant du VIe au Ier s. av. J.-C., la chronologie, l’organisation et l’évolution d’une dizaine de ces sites ont fait l’objet d’une étude.

Les auteurs nous présentent d’abord trois sites des Côtes d’Armor (Bernoué à Saint-Connec, Boisanne à Plouër-sur-Rance et Saint-Symphorien à Paule), dont la particularité est d’associer des nécropoles à des habitats enclos. Les cachettes souterraines sont le mode de stockage habituel des habitats jusqu’au IIIe siècle av. J.-C. et témoignent alors de l’apparition d’exploitations agricoles. La forme quadrangulaire des enclos funéraires, tels qu’ils ont pu être fouillés dans le Finistère (sites de Poulgigou à la Forêt-Fouesnant et de Kerviguérou à Melgven) est caractéristique de la charnière des deux âges du Fer. Leur implantation en relation avec les habitats, la topographie Topographie Représentation des formes d’un terrain sur un plan. et les réseaux viaires a pu être précisée : devant la façade de l’habitat (Paule, Locmalo, Canihuel), aux abords des chemins préexistants et aux carrefours (Plouër-sur-Rance, Paule, Saint-Guen, Sarzeau), avec un panorama élargi sur un cours d’eau, la mer ou une vallée (Sainte-Tréphine, Plouër-sur-Rance, Paule)…

Ces sites participent d’un premier mouvement de fondation d’exploitations agricoles familiales réparties sur tout le territoire. Le choix de l’implantation, l’ampleur des structures, la mise en valeur du terroir, sur plusieurs siècles, montrent que ces fermes ont été créées pour durer. La présence de pâtures encloses, destinées à une activité d’élevage, montrent également une prise de possession durable des terres et l’établissement de familles qui enterrent leurs morts à proximité des fermes. Les clôtures autour des cimetières, des habitats et des parcelles traduisent une évolution de l’unité et de la structure familiale avec le découpage d’une partie des terres (comme dans le cas des deux cimetières bipartites de Coet-Parked à Sainte-Tréphine). Puis, à la fin du Ve siècle, la plupart des nécropoles sont abandonnées, ainsi d’ailleurs qu’un certain nombre d’habitats. Le climat, plus froid et humide, ne permet plus à ces exploitations familiales de mettre en culture leurs terres. Il faudra attendre le troisième siècle pour assister à un nouvel essor de l’agriculture. L’amélioration climatique s’accompagne alors de la création de milliers de nouvelles exploitations, dont la densité peut atteindre, vers la fin du IIe siècle, celle des fermes actuelles. Pour les trois derniers siècles, celles-ci s’inscrivent non plus dans le cadre d’un système autarcique, mais dans celui d’un réseau d’échanges développé et structuré.

Enfin, les 22 sites mentionnés dans le texte (fouillés ou découverts en prospection aérienne) sont représentés sur une carte. Pour la plupart, figure un plan sur lequel sont représentés les habitats, les nécropoles, les enclos quadrangulaires… Des vues photographiques de certains sites et une planche représentant les urnes cinéraires découvertes dans les nécropoles encloses, viennent compléter ces données.


Philippe Charnotet Docteur en archéologie, AOrOc