« Habitats et terroirs : une question d’espace. Le cas de Dourges et sa place dans la région Nord-Pas-de-Calais », Geertrui Blancquaert

par Philippe Charnotet

Geertrui Blancquaert , « Habitats et terroirs : une question d’espace. Le cas de Dourges et sa place dans la région Nord-Pas-de-Calais », dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32), Bordeaux, 2013, p. 305-315

L’auteur s’interroge, dans cet article, sur la formation et l’évolution d’un territoire agricole habité au cours des cinq derniers siècles avant notre ère. Cette occupation protohistorique est située à Dourges, « petite commune minière localisée au nord du département du Pas-de-Calais ». La fouille, réalisée en 2002 au lieu-dit « le marais de Dourges », sur une superficie de sept hectares, a permis de mettre au jour un enchevêtrement inhabituel d’enclos et une densité exceptionnelle de fosses, puits et bâtiments sur poteaux.

Après une mise au point sémantique précisant le sens des termes « territoire », « terroir », « finage » et « propriété », puis du concept « d’espace », comme étendue naturelle ou paysage, il est rappelé que la compréhension de ces notions reste d’abord conditionnée par les différentes échelles d’observation auxquelles est confronté l’archéologue.

Les trois grandes étapes chronologiques de l’occupation sont ensuite détaillées : habitat semi-ouvert (du Hallstatt D3 à La Tène ancienne), émergence des premiers espaces clos (de La Tène ancienne à La Tène moyenne) et enfin, accroissement des habitats clos avec un terroir cloisonné (de La Tène moyenne à La Tène finale). Pour proposer ce schéma de structuration spatiale et en interpréter l’évolution, l’auteur s’appuie successivement sur la répartition des bâtiments, des structures excavées et des vestiges mobiliers, sur leur transformation et leur hiérarchisation, et enfin leur pérennisation et l’exploitation de l’espace périphérique ; un plan précis du site, figurant ces bâtiments, systèmes fossoyés, enclos et parcellaires, est proposé pour chacune des phases.

L’auteur reprend in fine la notion de « territoire », dont elle élargit d’abord le champ d’observation à l’échelle du projet multimodal, qui s’étend cette fois sur 145 hectares, et compte plusieurs sites ayant livré des traces d’habitat similaire (Les Bas Champs, Bouvache de Wavrechin, Carvin) ; puis à celle de la région, le Nord-Pas-de-Calais. Dans ce dernier cas, les entités ou les peuples qui occupaient ce territoire (Morins, Ménapiens…), peuvent-ils être caractérisés à partir de l’habitat rural ? La diversité des modèles d’établissements ruraux étudiés (Arras, Brebières, Onnaing, Villeneuve-D’Ascq, Dourges), permet-elle alors, à partir d’un éventuel particularisme, de délimiter un territoire régi et structuré ?


Philippe Charnotet Docteur en archéologie, AOrOc