« Les fermes au tracé rectangulaire en bordure occidentale du Nördlinger Ries : la séquence d’occupation dans une microrégion entre les époques Hallstatt et La Tène finale », Josephine Friederich, Rüdiger Krause

par Philippe Charnotet

Josephine Friederich, Rüdiger Krause , « Les fermes au tracé rectangulaire en bordure occidentale du Nördlinger Ries : la séquence d’occupation dans une microrégion entre les époques Hallstatt et La Tène finale » , dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32), Bordeaux, 2013, p. 345-357

Cette contribution a pour objectif d’analyser, aux époques de Hallstatt et de La Tène ancienne, la dynamique des sites d’habitats à petite échelle au sein d’une microrégion. Située dans le sud de l’Allemagne, la zone d’étude se trouve en bordure occidentale du Nördlinger Ries, dans les environs de deux habitats princiers fortifiés, établis sur les hauteurs du mont Ipf et du Goldberg.

Les fermes au tracé rectangulaire, délimitées par des palissades ou des fossés, constituent le type d’habitat caractéristique de cette microrégion. Près du hameau d’Osterholz (commune de Kirchheim am Reis), deux d’entre elles ont livré, lors de fouilles menées entre 2000 et 2006, des enclos palissadés avec des traces d’aménagement intérieur (trous de poteau, petits fossés…), permettant de définir des séquences chronologiques : la ferme de Bugfeld, d’une surface de 1,2 ha, est occupée du Hallstatt D1 jusqu’à la transition La Tène A ; celle de Zaunäcker (0,7 ha), du Hallstatt D2/3 jusqu’à la fin de La Tène A. Ces dernières se distinguent toutefois du groupe des « résidences aristocratiques du sud de la Bavière », qui leur sert de modèle ; non par leur forme, qui est celle d’un enclos palissadé, mais par la présence de grandes surfaces empierrées ou pavées qui permettent d’identifier un édifice important (à fonction cultuelle ou religieuse ?) et par la découverte d’un mobilier exceptionnel qui les différencie des établissements ouverts des environs, moins riches, sans toutefois les rattacher « aux princes hallstattiens » occupant la forteresse du mont Ipf.

La séquence d’occupation laténienne de la vallée voisine de l’Eger, est ensuite présentée. S’étalant sur plusieurs siècles, elle est établie d’une part, à partir des systèmes d’enclos, de rempart-fossé et de l’enceinte quadrilatérale du site de Bopfingen-Flochberg, dont l’utilisation ne serait pas seulement cultuelle mais aussi multifonctionnelle et, d’autre part, de plus d’une centaine de structures d’habitat s’étendant au-delà de ces systèmes d’enclos. Cinq phases d’aménagement ont été reconstituées, se fondant sur les observations de recoupements, les orientations et dispositions de plans, le mobilier récolté dans les trous de poteaux et les fosses ou encore les caractéristiques architecturales de certains bâtiments : établissement rural ouvert (phase 1), aménagement à l’intérieur d’un enclos ovale (phase 2), ferme au tracé rectangulaire (phases 3 et 4), élargissement de la clôture et enceinte quadrilatérale (Phase 5) ; chacune de ces phases faisant l’objet d’un plan particulier.

Enfin, les auteurs notent que le développement des fermes à enclos, à partir des établissements ouverts, se rencontre fréquemment dans toute l’aire de répartition des enceintes quadrilatérales ; « la structure de la ferme au tracé rectangulaire se développe à partir de la structure primaire des fermes à plusieurs bâtiments ». On assiste ainsi au remplacement de plusieurs unités par un seul édifice monumental consécutif à une restructuration du système économique et de la propriété.


Philippe Charnotet Docteur en archéologie, AOrOc