« L’économie du IIIe siècle a.C., 20 ans après », Stéphane Marion

par Philippe Charnotet

Stéphane Marion, « L’économie du IIIe siècle a.C., 20 ans après », dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32), Bordeaux, 2013, p. 361-369.

Le IIIe siècle av. J.-C. est avant tout celui des guerriers, et les éventuels indices témoignant d’une activité économique y sont exceptionnels. L’auteur se propose toutefois de les interpréter dans une perspective plus large, considérant que les mutations techniques et économiques de La Tène C2 et D1 trouvent leur origine dans cette période transitoire. A cet effet, il s’intéresse aux deux pôles complémentaires de l’activité économique que sont l’artisanat, en particulier celui du fer, et l’agriculture.

La diffusion du fer se généralise, en effet, au IIIe siècle. La quantité d’armes est alors beaucoup plus importante. Elles ne se retrouvent plus seulement dans les sépultures mais aussi, en très grand nombre, dans des sites cultuels. S’agit-il d’une hausse de la production, d’un changement des modalités de déposition, ou de leur diffusion dans de nouvelles catégories sociales ? L’auteur souligne, en tout cas, que cette demande stratégique entretient et soutient le dynamisme de l’artisanat du fer dont la consommation se diversifie également avec la fabrication de fibules, de pièces d’assemblages (crampons, agrafes) et de différents autres objets (couteaux, forces, rasoirs…). Ceci suppose surtout une organisation plus standardisée qui, faisant intervenir davantage de spécialistes, s’accompagne d’une complexification des circuits de production. On assiste alors à l’émergence d’un « artisanat de marché ». D’autres matériaux viennent aussi concurrencer le travail du fer : le lignite et le verre qui servent à la réalisation de parures et de bracelets. Une telle diversité de productions, lorsqu’elles sont attestées sur un même site, plaide en faveur d’agglomérations à vocation artisanale. Le phénomène, même limité à quelques exemples, se rencontre dans l’ensemble de l’Europe celtique (Aulnat en Auvergne, Nemcice-nad-Hanou en Moravie…) et traduirait selon l’auteur un mouvement général d’urbanisation.

Ce dynamisme économique ne peut se faire sans une productivité accrue de l’agriculture, qui ne résulterait pas d’une intensification de la mise en culture des terroirs, mais plutôt de l’apparition de nouveaux modèles de sites (ferme isolée dans son enclos dans la vallée de la Seine), de réseaux denses d’établissements agricoles (plaine de Caen, environs d’Arras), ou encore d’innovations technologiques liées aux progrès de l’économie du fer (outils plus efficaces et plus accessibles : faux, socs, meules rotatives…) ou permettant des activités complémentaires d’importance (grand fourneau à grille pour la production du sel).

La production artisanale qui résulte du développement de l’activité militaire s’accompagne donc elle-même d’une augmentation de la production agricole (« nourrir davantage d’improductifs ») qui bénéficie en retour des progrès de cet artisanat (socs, faux…). Ces synergies enclenchent une « spirale de développements et de mutation » dont l’aboutissement sera le spectaculaire essor du IIe s.


Philippe Charnotet Docteur en archéologie, AOrOc