« Du lard et du cochon. Économie d’un type céramique de la Tène C-D : les pots « de type Besançon » », Philippe Barral, David Lallemand, Sandrine Riquier

par Philippe Charnotet

Philippe Barral, David Lallemand, Sandrine Riquier avec la collaboration de Nicolas Coquet, « Du lard et du cochon. Économie d’un type céramique de la Tène C-D : les pots « de type Besançon » », dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32), Bordeaux, 2013, p. 421-434.

Les caractères techniques et morphologiques du pot dit « de type Besançon » font de celui-ci une production dont l’intérêt est à la fois culturel, économique et territorial.

Produite d’abord dans quelques secteurs du centre-est de la Gaule, cette céramique va être utilisée comme récipient de cuisson et de stockage, mais aussi exportée comme vase de transport. Sa principale caractéristique est sa pâte à gros dégraissant. Dans une première phase de sa production standardisée, au IIe s. av. J.-C., elle est montée sans utilisation du tour rapide et son répertoire se limite quasiment à deux types ovoïdes à large ouverture, dont seule la morphologie du bord mouluré permet de les distinguer. Ensuite, au Ier s. av. J.-C., le répertoire se diversifie (formes basses ouvertes et couvercles) et la technique évolue (montage, finition…). Jusqu’aux premières décennies de la période augustéenne, date à laquelle ce pot est produit et diffusé dans tout le centre de la France, la technique de modelage (aux colombins) va perdurer, alors que le tournage s’est déjà généralisé. S’agit-il d’une persistance socioculturelle de pièces de vaisselles associées à la cuisine et la conservation ?

Peu d’ateliers ont livré des traces de fabrication de ces pots, pour la période allant de La Tène D à l’époque augusto-tibérienne : Coulanges et Yzeure (site de Saint-Bonnet) dans l’Allier, Nevers et Entrains-sur-Nohant dans la Nièvre, et Verdun-sur-le-Doubs en Saône-et-Loire. La fréquence significative de ces céramiques, dans les assemblages domestiques des habitats, va donc constituer un critère déterminant pour l’identification des probables zones de production (Forterre-Val d’Allier, cœur du territoire éduen et à l’interface de celui des Séquanes). D’abord destinées à la cuisine et à la conservation, les formes archaïques apparaissent dès la fin de la Tène C1, entre Loire et Allier (Varennes et Toulon-sur-Allier), avant de se standardiser à partir de La Tène D1. Les pots sont alors produits de façon rationnelle et fabriqués en série pour être utilisés comme vase de transport à moyenne, voire même longue distance.

Les auteurs présentent ensuite les aires de répartition et la dynamique de distribution de ces céramiques à La Tène C et D. A cet effet, ils s’appuient sur trois cartes du Centre-Est de la Gaule pour les périodes de La Tène C1-C2 (vers 280-150 av. J.-C.), La Tène D1 (vers 150-80 av. J.-C.) et La Tène D2 (vers 90/80-30/20 av. J.-C.), et distinguent dans leur analyse une zone occidentale (couloir de la Loire et de ses affluents, nord de l’Auvergne et Orléanais) et une autre orientale (couloir Saône-Doubs et affluents, massif jurassien) ; avant de s’interroger, en conclusion, sur le contenu de ces pots, apparemment des cochonnailles (d’où le titre de l’article), et donc sur les éventuels liens pouvant exister entre l’élevage intensif de porcs, l’exploitation de ressources naturelles en sel et ces pots à conserve de type Besançon.


Philippe Charnotet Docteur en archéologie, AOrOc