Les jetons royaux sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV (1610-1661) : des supports artistiques de la propagande monarchique

par Sabrina Valin

Résumé de la contribution de Sabrina Valin au séminaire doctoral NUMEAR, organisé par Élodie Paris, Solène Chevalier et Thomas Bardin, le 5 mars 2016.

Les jetons royaux du Grand Siècle étaient considérés comme l’un des supports favoris de la propagande monarchique. Distribués en étrennes au souverain et à ses proches, ils constituaient une manière de glorifier le pouvoir du roi tout en récompensant celui qui était à l’origine de leur invention. Malgré l’importance accordée à ces objets, très peu d’études ont été menées sur ce sujet. Seule, celle de l’archiviste Fernand Mazerolle fait autorité malgré son ancienneté [1]. Cette communication entendait réinterroger le travail de l’auteur en ouvrant le propos sur les moyens utilisés par le monarque pour élever ces jetons au rang de petites médailles.

Le cadre juridique de la production jetonnière du XVIIe siècle est très important à considérer dans cette étude. En effet, l’arrivée de la presse mécanique au sein de la Monnaie du Moulin a fortement perturbé les officiers de la Cour des Monnaies qui utilisaient la frappe au marteau et restaient attachés à leurs privilèges. Alors que Fernand Mazerolle envisage la Cour des Monnaies à travers des documents d’archives comme une entité répressive, notre étude considère cette institution comme un moyen pour le monarque de contrôler la fabrication des jetons. Un exemple vu au cours de cette communication montre que le souverain pouvait lui-même condamner le maître affineur pour avoir altéré la matière première non conforme à l’ordonnance royale. Contrairement aux autres officiers de la Cour des Monnaies, Jean Warin bénéficiait des faveurs royales alors qu’il était impliqué dans ce genre d’affaires. L’une des raisons qui justifient cette protection est la réforme monétaire de 1639, qui servait la cause royale et dont Jean Warin fut l’auteur [2]. Suite à ce bouleversement de la frappe monétaire, le conducteur des engins de la Monnaie du Moulin fut régulièrement consulté pour le choix des devises jetonnières.

Les documents d’archives qui mentionnent ce rôle détenu par Jean Warin nous apprennent que certains commanditaires pouvaient être à l’origine des projets de jetons royaux. Les membres du Conseil du roi, le Trésorier de l’Épargne et le garde des sceaux pouvaient à la fois commander, inventer et distribuer des jetons au roi tous les ans, en étrennes. Des sources iconographiques retrouvées dans les manuscrits démontrent que ces officiers énonçaient les règles d’une bonne devise qui étaient suivies par les dessinateurs des revers Pile
Revers
Face convexe de la monnaie, envers du droit, portant souvent un motif secondaire.
de jetons.

Enfin, cette étude permet un nouveau progrès dans l’identification des artistes qui étaient à l’origine de l’invention des revers Revers
Pile
Face convexe de la monnaie, envers du droit, portant souvent un motif secondaire.
de jetons composés de devises. Au sein de ce cadre institutionnel, cette époque voit l’émergence de dessinateurs comme Jean Guisse, le sieur de Boissière qui étaient à la fois décorateurs et inventeurs de projets de jetons. Possédant la charge d’intendant des devises entre 1639 et 1651, Pierre de Montmaur et Jean Dubuisson-Aubenay marquent ensuite une autre étape dans l’élaboration d’une propagande monarchique à travers les jetons [3]. Cette organisation de savants et de lettrés constitue les prémices de la Petite Académie créée en 1663 par Colbert.


Sabrina Valin Doctorante en Histoire de l’art moderne Université Paris Ouest Nanterre La Défense HAR EA 4414 - Histoire des arts et des représentations


[1] Mazerolle (Fernand), Les médailleurs français du XVe au XVIIe siècle, 3 vol, Paris, 1902-1904

[2] Mazerolle (Fernand), Jean Warin conducteur de la Monnaie du Moulin, tailleur général des poinçons et effigies de sa vie, sa famille, son œuvre, 2 vol., vol.2, Paris, 1932

[3] Juren (Vladimir), « Les projets de Dubuisson-Aubenay pour les jetons du Conseil d’État », Revue numismatique, Paris, 1976, p. 156-170