Interpréter la monnaie en contexte archéologique : entre datation et circulation

par Ludovic Trommenschlager

Résumé de la contribution de Ludovic Trommenschlager au séminaire doctoral NUMEAR, organisé par Élodie Paris, Solène Chevalier et Thomas Bardin, le 5 mars 2016.

En archéologie, la date d’émission des monnaies est encore trop souvent utilisée seule, sans véritablement prendre en compte le temps de circulation ou le contexte de découverte de l’objet. Or, dans ce domaine, il demeure primordial de pouvoir estimer la durée de vie du mobilier afin d’affiner le terminus Terminus Terminus ante quem et terminus post quem

Terminus post quem / ante quem : le terminus post quem correspond à la date après laquelle une structure a été construite ou détruite, le terminus ante quem à la date avant laquelle la structure existait. Le premier est donné par l’objet le plus récent que l’on retrouve : par exemple, la dernière monnaie que l’on retrouve dans un habitat qui a été abandonné nous apprend que l’habitat en question a été abandonné après la date d’émission de la monnaie ; de même la présence dans une structure funéraire d’un objet indique que la structure est postérieure à la date de fabrication de l’objet. Le terminus ante quem nous est quant à lui donné par l’objet le plus ancien que l’on retrouve dans certaines structures : par exemple, la monnaie la plus ancienne trouvée dans un habitat nous indique que l’habitat existait avant l’arrivée de la monnaie (ce qui ne veut cependant pas dire que l’habitat est antérieur à la frappe de la monnaie, puisque les monnaies circulent pendant une longue période, et que leur diffusion après la frappe n’est pas immédiate), on peut se baser pour cela peut-être de préférence sur les éléments « constitutifs » de la structure : type de construction, décor peint, mosaïque… Ce raisonnement ne fonctionne pas pour les structures funéraires puisque les dépôts s’y font à un moment donné et pas dans la durée : on y dépose des objets qui existent déjà voire très anciens, ces objets ne nous fournissent donc pas de terminus ante quem, mais seulement un terminus post quem.
post quem
fourni par celui-ci. Plusieurs siècles pouvant séparer la date d’émission de sa perte, il convient de mettre en place une méthodologie permettant d’estimer le temps de circulation minimum d’une monnaie. Cela passe par l’analyse de multiples critères à l’instar du taux de survivance, de la réunion des espèces par horizon numismatique Numismatique C’est la science des monnaies et médailles. Elle est particulièrement utile pour les recherches en histoire ancienne (romaine et grecque) et elle sert aussi en archéologie comme critère de datation. , du calcul du degré d’usure, du module, du contexte, etc.

Deux méthodes complémentaires permettront de tester les critères retenus et d’en envisager de nouveaux : l’analyse de la survivance des monnaies dans les trésors monétaires et la recontextualisation de l’ensemble des monnaies découvertes en contexte archéologique sur une zone géographique définie.

Sans prétendre à l’exhaustivité, la comparaison des sites archéologiques de la Gaule du Nord comprenant l’ensemble des fouilles préventives effectuées entre 2000 et 2015 et une partie des chantiers programmés bien documentés permettra de confronter objectivement les circulations monétaires sur l’ensemble de la zone étudiée. Pour se faire, il conviendra de mettre en exergue, d’expliquer et de résoudre les problèmes liés aux contextes archéologiques. Un remblai ne s’étudiant pas de la même manière qu’un niveau d’occupation, l’enregistrement des données numismatiques devra prendre en compte la caractérisation des unités stratigraphiques (U.S.). Cela signifie qu’il est nécessaire d’étudier les ensembles monétaires par U.S. avant de s’attarder sur les mégacontextes. Ainsi, tout en partant de la donnée stratigraphique brute, notre étude portera, par la suite, sur la spécification des mégacontextes afin de déterminer et d’expliquer les divergences de survivance et plus largement de circulation monétaire Circulation monétaire Le fait que les monnaies circulent et sont acceptées comme moyen de paiement universel dans une aire géographie donnée, qui correspond à la zone d’influence du pouvoir émetteur. référence : Gruel (K.) et Morin (E.), Les Monnaies celtes du musée de Bretagne, Rennes-Paris, Musée de Bretagne-Maison Florange, 1999. entre les différents types de sites : habitat, sanctuaire Sanctuaire
Sanctuaires
Lieu sacré, consacré par une religion.
, camp militaire, nécropole, etc.

D’autres problématiques d’ordres archéologique, historique et économique s’imbriqueront naturellement dans ce projet. Nous essaierons, par exemple, de calculer le véritable impact des diverses réformes monétaires dans le paysage numismatique d’une région durant ces cinq siècles. Ce travail devrait permettre d’appréhender la véritable place des monnaies dans l’étude de la circulation monétaire et potentiellement de la situation économique d’un site. Ce travail permettra, également, de faire un premier bilan sur la place de la numismatique dans l’archéologie préventive.


Ludovic Trommenschlager EPHE/UMR 8210-AnHiMA