La stratigraphie

Par Ariane Aujaleu

L’analyse des unités stratigraphiques d’un site archéologique est un élément essentiel de la fouille archéologique pour déterminer sa nature (atelier d’artisan, habitation, campements militaires...) et retracer son histoire.

 Qu’est-ce que la stratigraphie en archéologie ?

Coupe stratigraphie, Allonnes. ©K. Gruel
Coupe stratigraphie, Allonnes. ©K. Gruel

À partir du XIXe siècle, les archéologues se sont intéressés aux problèmes de la stratigraphie en géologie. Celle-ci s’organise en strates naturelles qui se superposent les unes au-dessus des autres selon la chronologie des événements qui ont eu lieu : les plus anciennes sont, d’ordinaire, les couches les plus profondes. C’est grâce aux travaux de sir Mortimer Wheeler (1954) et Edward Harris (1979), que la stratigraphie est devenue le principe fondamental de la fouille archéologique. En effet chaque action anthropique (la construction d’un mur, d’une route ou le remblai d’une fosse) ou naturelle (une alluvion, l’éruption d’un volcan ou un tremblement de terre) laisse toujours des marques dans le sol. Les traces matérielles de ces actions se présentent aux yeux des archéologues sous la forme d’une séquence de strates dont chacune d’elles est appelée unité stratigraphique (ou US). Tout est important dans l’observation de ces couches car tout peut devenir source de renseignements : l’aspect général, la couleur, la texture, l’épaisseur, la forme ainsi que la façon dont elles se superposent.

 

 À quoi sert-elle ?

Puisard, sanctuaire d’Allonnes. ©K. Gruel
Puisard, sanctuaire d’Allonnes. ©K. Gruel

L’analyse des unités stratigraphiques d’un site archéologique est un élément essentiel de la fouille archéologique pour déterminer sa nature (atelier d’artisan, habitation, campements militaires...) et retracer son histoire. La fouille stratigraphique consiste à fouiller chaque unité stratigraphique d’un site à partir des plus récentes. L’agencement des strates (séquence stratigraphique) fournira une première chronologie appelée par les archéologues « chronologie relative ». Cette dernière nous permet d’établir les rapports d’antériorité/postériorité/contemporanéité entre les unités stratigraphiques. Cependant, il peut y avoir des bouleversements stratigraphiques naturels ou anthropiques et une couche peut passer sous une autre après sa formation sans pour autant lui être antérieure. Au contraire c’est seulement l’étude des objets trouvés dans les couches qui nous permettra d’établir une chronologie plus précise, c’est-à-dire une datation dans le temps (avec, bien sûr, une marge d’erreur plus ou moins importante) et non plus seulement par rapport à une autre couche : la « chronologie absolue ».

 

 Enregistrement des unités stratigraphiques

Relevé de coupe, Allonnes (72). ©K. Gruel
Relevé de coupe, Allonnes (72). ©K. Gruel

L’observation sur le terrain, si elle est importante, ne suffit pas. Pour pouvoir interpréter correctement les résultats après la fouille, il faut enregistrer les données fournies par la stratigraphie selon un protocole bien précis. Pour organiser l’enregistrement, on utilise des fiches d’unité stratigraphique, des prises de vues photographiques et des relevés horizontaux (les plans) et verticaux (les profils ou coupes). La fiche se remplit pendant la fouille de l’unité stratigraphique et permet de noter toutes les caractéristiques de la couche ; les photos et les relevés permettent de fixer un moment de la fouille ; le profil permet de mieux visualiser la superposition des unités stratigraphiques. Tous ces enregistrements sont importants car une fois la fouille d’une unité stratigraphique terminée, celle-ci est détruite pour pouvoir atteindre celle d’en-dessous. Lorsque un site archéologique est fouillé par sondages, les bermes Berme
Bermes
Espace entre un canal et la levée de terre qui le borde, par extension, espace de terre conservé entre deux sondages archéologiques.
de chaque sondage peuvent aussi témoigner de la stratigraphie qui sera dessinée à l’échelle (coupe stratigraphique).

 

 Les matrices de Harris

Pour mieux visualiser les séquences stratigraphiques et les analyser de façon systématique, il existe un modèle graphique appelé le diagramme de Harris (ou matrice de Harris). Il s’agit de représenter à l’aide de traits et de cases, les rapports qu’entretiennent les couches entre elles : le numéro d’unité stratigraphique est inscrit dans une case et reliée par un trait à une autre unité stratigraphique. Un trait vertical indique une relation temporelle de type avant/après, deux traits horizontaux parallèles indiquent que deux couches divisées sur le terrain sont équivalentes, c’est-à-dire, ne sont qu’une seule et même couche, coupée par une autre.

 


Ariane Aujaleu
auditeur libre ENS, 2004