« Quelques représentations remarquables de chevaux sur les monnaies celtiques », Brigitte Fischer

par Véronica Cicolani

Brigitte Fischer, « Quelques représentations remarquables de chevaux sur les monnaies celtiques », dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32). Bordeaux, 2013, p. 529-535

À partir de cinq monnaies sélectionnées parmi un vaste corpus Corpus Un corpus est un ensemble de documents, artistiques ou non (textes, images, vidéos, etc.), regroupés dans une optique précise. , Brigitte Fischer décrit dans cet article un aspect particulier de l’iconographie du monnayage gaulois : la représentation du cheval. Documentée sur d’innombrables monnaies, qu’elles soient réalisées en or, en argent ou en bronze, la figuration du cheval est déclinée selon une grande variété de styles. Des rendus classiques illustrés par les copies fidèles des statères grecs, aux figurations plus géométriques, stylisées, voire éclatées, la représentation du cheval évolue dans le temps et selon les cités. Ainsi, par exemple si le cheval était plus couramment représenté au revers Pile
Revers
Face convexe de la monnaie, envers du droit, portant souvent un motif secondaire.
de monnaies, la face noble, dans certaines cités le cheval apparaît aussi au droit comme sur un hémistatère en or ambien, alors que certaines tribus, comme les Arvernes, n’ont jamais figuré le cheval au droit de leurs pièces, sa place étant toujours confinée au revers Revers
Pile
Face convexe de la monnaie, envers du droit, portant souvent un motif secondaire.
. Mais c’est surtout sur la grande variété du rendu artistique que l’auteur attire l’attention. Sur le revers d’un statère d’or des Aulerques Cénomans figure un cheval ailé à tête humaine dirigé par un aurige. Il s’agit d’un unicum qui ne trouve pas de comparaisons iconographiques dans l’ensemble du monnayage gaulois et dont la scène devait évoquer un épisode mythologique. Un hémistatère d’or ambien présente en revanche un bige au galop, alors que au droit une tête ornée d’un diadème dissimule un cheval visible en arrière-plan et dont le corps est partiellement caché par la tête humaine. Sans doute plus surprenants sont les exemples de dissimulation de la figuration du cheval présentés par l’auteur à travers trois exemples : deux oboles en bronze, dont un frappé en Europe centrale, et une monnaie au cavalier de la vallée du Rhône. Sur ces trois monnaies la figuration du cheval intègre celle de la tête humaine dans une fusion artistique de grande subtilité qui exploite avec maestria les lignes tracées pour le rendu du visage et de la chevelure de la tête humaine. Qu’elles soient en version éclatée, comme sur l’obole, ou bien plus finement rendues, comme au droit de la monnaie au cavalier, les prouesses techniques qui se dégagent après une lecture attentive de l’iconographie prouvent à la fois l’habileté technique et le fort intérêt porté par les Celtes au cheval. Témoins d’une culture sans écriture, les monnaies contribuent par leur fonction et leur iconographie à la compréhension de cette civilisation. L’univers figuré complexe qui caractérise le monnayage gaulois nous livre une sorte d’histoire illustrée qu’il nous reste à décortiquer et comprendre.


Véronica Cicolani Post-doctorante AOROC