« Les statues assises en tailleur d’Argentomagus (Saint-Marcel, Indre) », Gérard Coulon, Sophie Krausz

par Véronica Cicolani

Gérard Coulon, Sophie Krausz, « Les statues assises en tailleur d’Argentomagus (Saint-Marcel, Indre) », dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32). Bordeaux, 2013, p. 537-550.

Sept statues assises en tailleur, issues des fouilles réalisées depuis les années 1963 à Argentomagus, font l’objet de cet article réalisé par Gérard Coulon et Sophie Krausz. Comme les auteurs l’indiquent, ces statues anthropomorphes témoignent chez les Bituriges de la permanence, à l’époque gallo-romaine, d’une tradition figurée celtique connue depuis la période laténienne. Les sept statues proviennent pour quatre d’entre elles de lieux de culte bien identifiés, alors que les 3 restantes ont été découvertes hors du plateau de Saint-Marcel. Ce lot significatif se distingue donc des nombreuses représentations des divinités du panthéon Panthéon Dans l’Antiquité, temple consacré à tous les dieux, par extension, ensemble des dieux. romain et des statues assises qui ont été mises au jour dans l’agglomération antique. Étudiées à plusieurs reprises, les statues ici sélectionnées comme une série cohérente et faisant référence à des modèles communs, sont présentés ici sous un nouvel angle de vue : celui de l’antiquisant croisé avec celui du protohistorien. De cette double lecture, il en ressort une filiation très marquée entre ces figurations, réalisées deux siècles après la conquête romaine, et les productions celtiques plus anciennes tels les grands guerriers assis en tailleurs du Midi ou encore les deux statues assises du complexe de Vix. Cette permanence, lisible jusqu’au Ier s. ap. J.-C. comme le documente l’image du dieu Cernunnos sur le chaudron de Gundestrup, témoigne de la durabilité d’un symbole ancestral fortement ancré dans la tradition artistique et cultuelle celtique. Ainsi, la position et l’ornementation de la statue assise en tailleur du temple 3 renvoient par analogie aux grandes statues de guerrier du Midi datées entre le VIe et le IIIe s. av. J.-C. Cependant, comme les auteurs le soulignent, la typologie du torque, de section quadrangulaire et orné de tampons carrés, semble être plus proche des figurations plus tardives représentées sur le Pilier des Nautes ou sur la statue de Verteuil. Ceci conduit les auteurs à considérer cette statue plutôt comme une production de la période augustéenne, mais dont l’inspiration a été puisée parmi les modèles plus anciens de la grande statuaire du Midi, à qui on aurait atténué le caractère guerrier par exigence d’adaptation culturelle. Ces modifications sont lisibles sur les autres statues assises en tailleur d’Argentomagus. On retrouve ainsi le torque, symbole de l’aristocratie masculine celtique, sur la petite statue du temple 1, Les Mersans, mais aussi sur le personnage de l’autel, découvert in situ sur un podium. Dans ces deux derniers cas l’ornementation des deux personnages est enrichie par le rajout d’objets et/ou de petits animaux dans leurs mains, références typiquement gallo-romaines. D’autres indices révèlent la coexistence de traditions et de langages symboliques différents. C’est le cas pour les personnages de la rue Hors-les-Murs à Saint-Marcel, celui de Ripotte et enfin du « grand accroupi » du temple 1, Les Mersans. La position assise en tailleur de tradition celtique est ici emphatique alors que la présence d’objet sur la statue de la rue Hors-les-Murs ou encore la qualité artistique d’exécution qui caractérise le « grand accroupi » du temple 1 renvoient aux canons stylistiques gallo-romains. Parmi cette série, la statue découverte dans un édicule maçonnée et appelée « le personnage de l’autel sous le musée » est interprétée par les auteurs comme une évocation du dieu Cernunnos. Sa position en tailleur, ainsi que ses attributs, un torque à deux tampons au cou, un autre tenu à la main droite et un serpent serré dans la main gauche, renvoient précisément à la représentation du dieu celtique telle qu’elle est figurée sur le chaudron de Gundestrup. Ce dernier exemple, plus que les autres statues, exemplifie pour les auteurs la particularité de cette production artistique. Mêlant à la fois traditions celtiques plus anciennes et langage formel de l’époque, les sculpteurs gallo-romains d’Argentomagus ont su perpétrer dans un contexte cultuel leur passé voire peut-être des références aux mythes des Bituriges, comme le suggèrent les auteurs en conclusion de l’article.


Véronica Cicolani Post-doctorante AOROC