« Walt Disney comes to Bulgaria : a bronze mount in the Museum of Archaeology, Varna » Jordan Anastassov, Ruth et Vincent Megaw, Elina Mircheva

par Véronica Cicolani

Jordan Anastassov, Ruth Megaw, Vincent Megaw, Elina Mircheva, Walt Disney comes to Bulgaria : a bronze mount in the Museum of Archaeology, Varna, dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32). Bordeaux, 2013, p. 551-565.

Cet article, fruit d’un travail collectif, propose une relecture de l’origine et de la diffusion de l’art celtique plastique à partir de l’analyse iconographique des nouvelles pièces archéologiques qui ont intégré le musée d’archéologie de Varna depuis ces vingt dernières années. Plus d’une centaine d’objets provenant des fouilles réalisées dans le nord-est de la Bulgarie composent aujourd’hui la collection de l’âge du fer du musée et la plupart d’entre-elles demeurent inédites. Parmi ces pièces, un fragment d’applique à tête zoomorphe fait l’objet du présent article. De petites dimensions et en bon état de conservation, la pièce a une forme subtriangulaire et creuse probablement pour être appliqué sur un support légèrement bombé. Réalisée à la cire perdue, l’applique à tête zoomorphe se compose de deux yeux en forme d’amande et d’un museau rendu par deux spirales. Le masque, construit à partir de plusieurs protubérances et volumes différents, exprime un caractère ambigu évoquant autant une tête animale que humaine, voire les deux, ce qui caractérise le Cheshire style défini par Jacobsthal. Du point de vue stylistique, l’applique de Varna appartient à un groupe restreint d’objets datés du LTB2-LTC1 appartenant aux premières manifestations de cet aspect de l’art plastique celtique et ici surnommé d’une façon ironique par les auteurs en (Walt) Disney style. En territoire bulgare, les quelques pièces appartenant à ce groupe stylistique trouvent des comparaisons formelles et stylistiques parfois très précises avec des éléments d’ornement de char ou de parures de prestige provenant du monde celtique occidental. Ainsi, les visages grotesques, voire parfois déformés, qui figurent sur les décors d’éléments de char provenant de Paris, rue Tournefort, ou de la tombe à char de Roissy rappellent avec insistance les décors arborés par les appliques du tholos de Mal Tepe, Mezek, dans le sud-est de la Bulgarie, alors que le traitement des yeux et du nez à l’applique de Varna. Les mêmes recours formels sont lisibles sur d’autres représentations figurées qui décoraient des objets et/ou des parures de prestige. À ce titre les auteurs évoquent l’applique en tête de taureau et la poignée en tête de rapace qui ornaient le chaudron de Braa. Si le rendu de l’oiseau est comparable à celui des têtes de rapaces qui ornent deux clavettes d’essieu de Manching, le regard « placide » du taureau tout comme celui du masque de Mâcon n’est pas sans rappeler celui de l’applique de Varna, mais aussi ceux de l’applique et de deux bracelets provenant de la nécropole de Brno-Maloměřice. Ces affinités autant stylistiques qu’ iconographiques ont conduit un certain nombre de spécialistes à identifier dans l’Europe centrale la zone charnière et originaire de la naissance du Disney style. Or, les révisions chronologiques des appliques de Mezek et du chaudron de Braa, ainsi que les récentes découvertes faites dans le bassin parisien, à Roissy, à Attichy (Oise) ou encore à Losy-en-France (Marne), induisent les auteurs de l’article à voir dans cette aire culturelle et géographique, le nord-est de la France, la véritable « key-area ». Du point de vu archéologique, les auteurs rappellent l’appartenance de l’applique de Varna a un lot de 300 objets tous datés de LTB2-LTC1. Ce riche corpus Corpus Un corpus est un ensemble de documents, artistiques ou non (textes, images, vidéos, etc.), regroupés dans une optique précise. se compose essentiellement de parures, d’armement armement et d’éléments de char laténiens, qui typologiquement renvoient aux productions d’Europe centrale et occidentale. Si la plupart d’entre eux sont hors contextes, les fouilles archéologiques ont mis au jour un certain nombre d’objets de type laténien issus principalement des tombes féminines de haut rang et plus ponctuellement de quelques sites d’habitats. Comme le soulignent à juste titre les auteurs, l’apparition de ces objets peut s’expliquer par une présence celtique en territoire thrace, ou alors être considéré comme le résultat d’échanges commerciaux et de migrations ou encore être des imitations locales de productions occidentales. Si à ce jour il est délicat de restituer un modèle précis, les fouilles semblent montrer une plus forte concentration de sites datés de LTB2-LTC1 dans le nord-est de Bulgarie, ce qui rendrait ainsi caduque la traditionnelle localisation des habitats celtiques dans le secteur sud-oriental du pays. Seules de nouvelles fouilles dans le secteur encadré par la Mer Noire à l’est, les Balkans à l’ouest et le Danube au nord pourront valider ces propos.


Véronica Cicolani Post-doctorante AOROC