« Trouvaille d’une fibule à masques dans la structure n°8 de Mikulovice, district de Pardubice », Radko Sedlàcek, Pavel Sankot

par Véronica Cicolani

Radko Sedlacek, Pavel Sankot, « Trouvaille d’une fibule à masques dans la structure n°8 de Mikulovice, district de Pardubice », dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32). Bordeaux, 2013, p. 567-581

La fibule à masque découverte en 2006 lors des fouilles menées à Mikulovice, dans l’est de la Bohême, témoigne des transferts culturels voire de savoir-faire artisanaux entre les Celtes d’Europe occidentale et centrale et la Bohême au cours de la période laténienne ancienne. La fibule à masque, qui fait l’objet du présent article, provient du remplissage d’une structure semi-enterrée, la n°8, ayant livré de l’outillage étroitement lié à une activité artisanale réalisée sur place : instruments en fer et en os pour le travail du métal, du cuir et du textile. La fibule est réalisée en une seule pièce, comme l’indique la forme du ressort, et elle s’inscrit donc dans la plus vaste famille des fibules à tête d’oiseau. Son arc est asymétrique, ce qui, d’après les auteurs, confirme l’hypothèse d’une dérivation de ces fibules depuis les types Certosa. Le décor, réalisé en bas relief, se compose de deux masques au rendu plastique peu prononcé, l’une composant le pied de la fibule, l’autre rehaussant l’arc. Le motif est celui du visage humain avec deux yeux ovales, les lèvres peu marquées et un nez prononcé relié aux sourcils par un seul trait, selon une technique employée dans la sculpture grecque archaïque mais que l’on retrouve aussi sous forme d’influence sur l’Hermès bicéphale qui orne le portique Portique
Portiques
Galerie à arcades ou à colonnes.
de Roquepertuse. Sous le menton part une barbe longue qui forme le reste de l’arc de la fibule ainsi que l’extrémité de son pied. Dans ce deuxième cas, la longue barbe est encadrée par deux petits nœuds. Vu de profil, le masque qui orne le pied de la fibule semble se transformer en canard stylisé. Du point de vue formel et technique, la fibule est identique à celle de la tombe VIII de Hradiste, en Bohême du sud, même si aujourd’hui on connaît l’existence ponctuelle d’autres fibules du même type en Bohême orientale. La présence d’un objet de facture si raffinée dans la structure semi-enterrée n°8 de Mikulovice s’explique, d’après les auteurs, par l’activité d’artisans migrants dont l’atelier artisanal de Mikulovice en serait un exemple. D’autres témoignages issus de la même structure sont en faveur de cette interprétation : la présence d’un pot en graphite décoré de trois rangés d’impressions, analogue à celui de Hallein, ou encore une jatte tournée à profil en S, marqué par trois cannelures saillantes, qui relie le site à des productions bien documentées en Europe occidentale vers la fin du Hallstatt et le début de La Tène. Si, d’après les auteurs, l’arrivée de la céramique tournée en Bohême orientale est à attribuer sans doute à l’œuvre de spécialistes migrants, la confection d’objets technologiquement si raffinés comme la fibule de Mikulovice peut être le résultat du même processus. Comme il est rappelé à la fin de cette présentation, la Bohême est marquée à la période laténienne par une intensification des influences culturelles provenant de la Méditerranée et du monde celtique qui ont stimulé autant le commerce que la production artisanale. Dans ce cadre et compte tenu du niveau artisanal encore peu spécialisé à La Tène ancienne en Bohême, l’œuvre d’un artisan spécialisé migrant au-delà des frontières de la culture laténienne explique non seulement la diffusion locale des nouvelles techniques mais aussi de certains systèmes idéologiques. Dans ce cadre, la fibule de la tombe 4 de Ménföcsanak de LTB1 avec son décor d’oiseau se transformant en masque stylisé en est un exemple concret.


Véronica Cicolani Post-doctorante AOROC