« L’art des oppida celtiques de la péninsule ibérique », Martin Almagro-Gorbea

par Véronica Cicolani

Martin Almagro-Gorbea, « L’art des oppida celtiques de la péninsule ibérique », dans L’âge du fer en Europe - Mélanges offerts à Olivier Buchsenschutz. Sous la direction de Sophie Krausz, Anne Colin, Katherine Gruel, Ian Ralston, Thierry Dechezleprêtre, Éditions Ausonius, Collection Mémoires (32). Bordeaux, 2013, p. 595-607.

Dans cette contribution, Martin Almagro-Gorbea, propose un tableau synthétique de l’art celtique d’Hispania, qui met en avant tantôt ses originalités tantôt ses liens formels, stylistiques et idéologiques avec le monde celtique laténien.

Fruit d’un syncrétisme artistique, l’art celtique des oppida de la péninsule ibérique élabore des images et des recours formels qui puisent dans son fort substrat ibérique tout en s’inspirant des apports culturels hellénistiques, laténiens et romains. Comme l’auteur le souligne, le développement de l’art celtique dans la péninsule ibérique est à mettre en relation étroite avec l’apparition des oppida, vers la fin du IIIe s. av. J.-C. Évolution locale depuis les castros du VIIe s. av. J.-C., l’habitat fortifié ibère se structure en oppidum, doté d’une organisation urbaine, au Celtibère final, soit au moment des guerres puniques et de la romanisation de la péninsule ibérique. Le retranchement des populations aux seins d’oppida fortifiés et organisés en fédérations marque un nouveau développement sociétal et culturel où se substitue désormais une aristocratie équestre raffinée à l’élite guerrière des siècles précédents.

C’est au cours de cette même période qu’apparaît la monnaie, que l’écriture se développe et qu’un artisanat spécialisé destiné aux nouvelles élites fleurit. Si les apports culturels véhiculés par la romanisation ont eu un rôle important, l’évolution des oppida et de ses expressions artistiques suit un cours autonome à partir de son propre substrat culturel, comme l’auteur le souligne à plusieurs reprises. Dans ce contexte social complexifié, où plusieurs influences culturelles coexistent et se mêlent aux traditions locales, l’identification d’éléments de tradition celtique européenne se fait par l’analyse attentive des expressions idéologiques traduites par l’art des élites.

Ainsi dans le domaine de l’architecture monumentale, la construction de grands bâtiments et d’ouvrages publics devance d’un siècle les exemples connus en Europe, par exemple à Manching ou à Bibracte. Dans le domaine de la sculpture, les indices sont moins évidents mais tout de même présents. Un exemple avancé par l’auteur est celui du groupe sculptural d’origine gauloise de San Martí de Sa Roca, Barcelone, figurant un guerrier assis avec des têtes coupées qui évoquent celles de la Narbonnaise.

Mais c’est surtout dans les trésors d’orfèvrerie celtibère que l’on trouve les éléments plus significatifs. Enfouis au cours des guerres et découverts depuis la Meseta jusqu’au Portugal, les trésors celtibères reflètent un artisanat de luxe pour une élite « urbaine » florissant jusqu’ à la période augustéenne. Parmi les bijoux découverts, l’auteur signale les fibules annulaires décorées de masques stylisées et des têtes humaines attribuables aux Olcades, les anneaux « de cavalier », répandus dans la Meseta sud et dont certains sont ornés d’un motif de cheval au rendu curviligne typiquement laténien, ou encore les tampons des torques en or des Gallaeci qui arborent des décors de triscèle. Plus rares et à destination des equites, quelques fibules en bronze sont ornées de cavaliers et de têtes coupées et le rendu et les techniques employée, outre le sujet, reflètent une affiliation stricte avec l’art celtique européen.

Enfin, l’iconographie de productions céramiques celtibères parachève avec l’art monétaire cette série d’exemples illustrant les liens plus ou moins directs entre les traditions culturelles des Celtes d’Hispania et de ceux habitant au nord des Pyrénées. Dans ces deux domaines, l’originalité des productions locales est évidente bien que le style adopté et le goût prononcé pour des rendus curvilignes, ne sont pas sans rappeler les productions de La Tène finale européenne. Dans la production céramique, plus que dans l’art monétaire, émergent des éléments propres à l’idéologie et à la mythologie celtiques comme l’illustrent les scènes narratives peintes sur des formes locales de la production céramique de Numantia. Toutes les scènes figurent des passages mythiques dont les modèles sont autant d’inspiration méditerranéenne que celtique.


Véronica Cicolani Post-doctorante AOROC