Spyridon Marinatos

par Giovanni Ribuoli

Avec ses découvertes à Théra et à Crète Spyridon Marinatos, archéologue grec, a contribué beaucoup à modifier et perfectionner notre connaissance de la civilisation minoenne et de ses sites majeurs.

Spyridon Marinatos (Σπυρίδων Νικολάου Μαρινᾶτος, IPA /spi’riðɔn nikola’u mari’natos/), né le 4 Novembre 1901 à Lixouri (Ληξούρι), une ville de l’île de Céphalonie, dans l’archipel des Îles Ioniennes, a fait ses études en histoire et archéologie à l’Université nationale et capodistrienne d’Athènes (Εθνικόν και Καποδιστριακόν Πανεπιστήμιον Αθηνών), où il prend son diplôme en 1921. En 1925 est nommé Ephore des Antiquités à Crète (Έφορος Αρχαιοτήτων Κρήτης, une charge comparable à celle de Conservateur), où il était déjà inspecteur (Επιμελητής) dès 1919 et ici il a l’occasion de rencontrer Sir Arthur Evans.

Ensuite entre 1927 et 1929 il poursuit ses études en Allemagne, à l’Université de Berlin (aujourd’hui Humboldt-Universität zu Berlin, la seule existante à l’époque : Freie Universität Berlin a été fondée en 1948) et à l’Université de Halle (Universität Halle-Wittenberg) et entre 1937 et 1939 il est au Ministère de l’Éducation (Υπουργείο Παιδείας) en tant que Directeur des Antiquités et des Monuments Historiques (Διευθυντής Αρχαιοτήτων και Ιστορικών Μνημείων). Il devient finalement professeur d’archéologie à l’Université d’Athènes en 1939.

En collaboration avec Nikolaos Platon (Νικόλαος Πλάτων), il fouille d’abord plusieurs sites à Crète (notamment Amnisos, Gazi, Sklavokambo, Apodulu, Krasi, Vorù, Karterò et Tilisso) et c’est grâce à ces découvertes et à cette connaissance née sur le terrain qu’il commence à formuler les théories sur la civilisation minoenne qu’en feront un archéologue célèbre et très connu à l’étranger. En 1939 il collabore à l’identification du terrain de la bataille des Thermopyles et ensuite participe à la fouille extensive du site. Après la Seconde Guerre Mondiale il est chargé de récupérer les œuvres pillées en Europe Centrale et en 1949 une deuxième période de recherche à Crète commence : Vathypetron, Lykastos et en 1956 la grotte du Mont Ida, où il identifie le premier des trouvailles d’époque minoenne. Membre de nombreuses commissions de recherche, il contribue à résoudre plusieurs problèmes d’analyse des sites mycéniens de la Grèce continentale grâce aux fouilles en Messénie dont il est directeur jusqu’en 1967.

En cette année il conduit des campagnes pour l’individuation de la ville ancienne d’Eliki (Ελίκη), disparue sous la mer du Golfe de Corinthe et il commence à fouiller le site de Akrotiri (Ακρωτήρι) à Théra ou Santorin (Θήρα, Σαντορίνη). Ce dernier site se révèle une entière ville d’époque minoenne détruite et préservée par une éruption volcanique dont les sources littéraires nous donnent une notice.

La nuit du 21 avril 1967 trois colonels, à l’aide de l’armée de terre, prennent le pouvoir et établissent une dictature. Bien que le premier ministre soit un magistrat toute élection est annulée et les militaires gouvernent le pays, après avoir suspendu la constitution à l’aide d’un acte signé par le roi Kostantinos II, qui s’exile après l’échec d’un contre coup d’État. Grâce à ses rapports avec l’un des graduées, Georgios Papadopoulos, Marinatos évite l’épuration et il devient inspecteur général des Antiquités (Γενική Επιθεώρηση Αρχαιοτήτων) et en 1971 il est élu président de l’Académie d’Athènes. Les fouilles à Marathon, dirigées entre 1970 et 1972 avec la collaboration de l’archéologue autrichien Breitinger, lui permettent d’identifier parmi une nécropole et autres d’époque précédente le tumulus des soldats de Platées morts lors de la bataille.

En juillet 1974, avec le retour en Grèce du premier ministre, la démocratie est rétablie en Grèce et un referendum oblige le roi et la famille réale à quitter le pays. Marinatos, qui a soutenu la dictature sans par contre idéologiser son travail scientifique, reste à Théra dans le but de continuer ses fouilles. Sa mort par chute accidentelle, survenue sur le site de Akrotiri le 1er novembre 1974, reste encore mystérieuse. En effet son corps est laissé longtemps sur le lieu de la chute et ensuite posé dans une salle du centre de recherche dont la porte est ensuite fermée à l’aide du béton. Docteur honoris causa à l’Université de Palerme, vainqueur du Herderpreis et membre de plusieurs institutions scientifiques, notamment l’Accademia dei Lincei, sa tombe est à nos jours inconnue : un paradoxe pour un archéologue qui pendant sa carrière de chercheur en a trouvé plusieurs.

Les fouilles archéologiques dirigées par Marinatos ont donné lieu à une des découvertes les plus importantes et passionnantes de la deuxième moitié du XXe siècle : un habitat humain organisé d’époque minoenne conservé parfaitement sous une strate assez épaisse de ponce jaillie par une éruption volcanique. Comme dans le cas de Pompéi, la lave a préservé, en l’arrêtant à jamais, un aspect quotidien de la deuxième moitié du deuxième millénaire avant Jésus Christ. Marinatos propose d’identifier cet habitat et l’île entière comme l’Atlantide dont Platon parle dans le Timée.

À cet époque-là l’île était bouleversée par des tremblements de terre qui poussèrent les habitants à s’enfuir ; après les tremblements une éruption du volcan a eu lieu. Le premier écoulement a une épaisseur de 4 mètres de ponce et l’éruption a recouvert l’habitat et l’île entière avec une strate entre 40 et 50 mètres d’épaisseur. Les bâtiments, à deux ou trois étages, ont une structure antisismique avec de murs en argile et pierre grossière renforcés par du bois, comme à Crète. Les fenêtres sont entourées de pierres, les étages supérieures servaient d’habitation et les parties sous terre étaient utilisées comme lieux de stockage des marchandises ou bien comme des laboratoires, où des restes d’amphores remplis de blé ont été retrouvés. Aux étages supérieurs il y avait des vastes salles, certaines avec un pilier central, dont les pavements étaient revêtus en pierre et une vaste série de fresques pleines de vivacité nous témoignent un haut niveau de vie.

Les fresques se révèlent sans aucun doute l’aspect plus singulier de cette découverte et revêtent une énorme importance pour notre connaissance de la culture figurative de l’époque. Une profonde attention au donné naturel conduit la représentation à des vastes paysages animés par de la végétation, des animaux et des fleurs. La technique nous semble déjà beaucoup développée. Entre les fresques les plus connues il y a la très belle fresque des antilopes, la scène avec les deux boxers, une description de singes qui grimpent les roches sombres du paysage de l’île.

La céramique abonde dans plusieurs types, celle locale reflet dans sa majorité les schèmes cycladiques et est assez grossière, la décoration est de type géométrique ou avec des représentations de dauphines et de hirondelles. Les vases importés sont très précieux et proviennent de Crète et du continent. Le métal est par contre assez rare, y sont témoignées des aiguilles, des broches, des carafes et des poêles. Les fresques détachées et restaurées se trouvent au Musée National d’Athènes.


Giovanni Ribuoli Étudiant Erasmus, 2017