La tombe de Vix

par Henriette Laure

La découverte de la tombe de Vix dans l’hiver 1952 – 1953 par Maurice Moisson et l’archéologue René Joffroy, en contrebas du Mont Lassois (Côte-d’Or) constitue une avancée majeure dans l’histoire de l’archéologie funéraire : c’est la première fois qu’est découverte encore intacte une tombe du VIème siècle, soit de la fin du premier âge du fer, aussi appelé période du Hallstatt.

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Cette tombe à char est celle d’une riche princesse celte : elle est un exemple de ces tombes princières du Hallstatt, qui permettent de mieux comprendre l’organisation sociopolitique et spatiale de l’aristocratie celte ainsi que les liens entre les mondes celte et méditerranéen. Cependant cette tombe est à plus d’un titre singulière. Elle renferme en effet des objets remarquables par leur luxe, et deux d’entre eux, de vrais chefs-d’œuvre, ont particulièrement retenu l’attention : un immense cratère en bronze, le plus grand qui nous soit parvenu, ainsi qu’un torque en or unique en son genre. D’autre part, la « Dame de Vix », fascinante résidente de cette sépulture, ne cesse de faire émerger des interrogations sur son statut social exact.

La tombe est constituée d’un coffre enfoui dans le sol, formant ainsi une chambre enterrée, dont le plafond s’est effondré au cours du temps. Certains objets ont alors été brisés, dont le fameux cratère, et d’autre simplement déplacés : lorsque le corps est tombé du char par exemple, le torque s’est retrouvé sur le crâne de la défunte, ce qui explique pourquoi on a longtemps pensé qu’il s’agissait non d’un collier mais d’un diadème. Mais les objets sont dans un état de conservation suffisamment bon pour que l’on puisse pour la plupart d’entre eux établir leur fonction, et leur place dans la tombe : la morte se trouvait au centre, allongée la tête au nord sur un char, lui-même situé entre les roues démontées du char à l’est et la vaisselle contre la paroi ouest.

Les objets de la tombe sont pour la plupart des objets de prestige. Certains sont très probablement de facture locale, dont le char sur lequel est couchée la morte, ainsi qu’une phiale d’argent. Les nombreux bijoux sont également typiques des parures celtiques. On recense huit fibules dont certaines sont incrustées de corail et d’or, deux bracelets de lignite, deux anneaux de chevilles en bronze, un torque en bronze initialement recouvert de lanières de cuir, des perles d’ambre et de pierre. En revanche, on trouve dans la tombe plusieurs objets de vaisselle de banquet d’importation méditerranéenne, formant un service à boire complet : de l’Étrurie provient une œnochoé et trois bassins, de l’Attique deux coupes en céramique, et probablement de la Grande-Grèce l’immense cratère.

Le cratère en bronze de la tombe de Vix. © Cratère de Vix, musée du Châtillonnais, Châtillon sur Seine, Côte d’Or, France
Le cratère en bronze de la tombe de Vix. © Cratère de Vix, musée du Châtillonnais, Châtillon sur Seine, Côte d’Or, France

Celui-ci, d’1,64m de haut, et d’une capacité de 1 100 litres, est le plus grand qui nous soit parvenu. Le travail du bronze, notamment sur la frise supérieure représentant des chevaux et des hoplites en bas-relief et sur les anses en forme de gorgones, en fait un vrai chef-d’œuvre. La présence de ces objets atteste des échanges culturels entre le monde celte et le monde méditerranéen, par le biais de réseaux et de trafics. Deux d’entre eux ont été mis en lumière par les chercheurs, l’un passant par les Alpes, l’autre par Marseille, par l’intermédiaire de sites-relais.

Un objet de la tombe retient tout particulièrement l’attention : un torque en or.

Torque en or © musée du Châtillonnais, Châtillon sur Seine, Côte d’Or, France.
Torque en or © musée du Châtillonnais, Châtillon sur Seine, Côte d’Or, France.

De 480g bien qu’en partie creux, il mesure 23,1cm de large au maximum, et est constitué de plusieurs morceaux : aux extrémités de l’arc d’or se trouvent deux pattes de lion, prolongées par deux tampons piriformes. A la jonction entre les pattes et les tampons se trouvent deux chevaux ailés (pégases) en relief. Malgré la difficulté à établir avec certitude le lieu de provenance de cet objet en raison de son originalité, les chercheurs (A. HAFFNER) penchent plutôt pour une facture locale. En effet, certaines pièces d’ornementation, et notamment les disques terminaux des tampons, recouverts de motifs géométriques réalisés au moyen de poinçons, sont tout à fait caractéristiques des bijoux hallstattiens. Cependant, il n’est pas contradictoire de voir aussi dans cet objet des influences du sud, en ce qui concerne les techniques d’orfèvrerie (les soudures entre chaque élément sont presque complètement camouflées) ainsi que l’iconographie (pattes léonines, pégases, tampons piriformes…), très innovatrice pour la région, et que l’on retrouve par exemple dans les torques ibériques. Ce torque exceptionnel est donc, au-delà de son originalité, une belle illustration du mélange d’éléments endogènes et exogènes à la culture celte.

La richesse du mobilier de la tombe ne doit pas faire oublier la morte qu’elle abrite. Des études ADN sur les restes osseux de la défunte (lacunaires mais en bon état) ont confirmé le premier diagnostic qu’avaient établi les archéologues quant à son sexe, préjugeant de l’absence d’armes de guerre et de la présence a contrario d’objets de parure. Les analyses ont également permis d’établir avec approximation son âge et sa taille : nous avons affaire à une femme adulte d’un âge moyen (autour de 35 ans selon LANGLOIS 1987) et de 1,61cm (avec une marge d’erreur de 4 cm), au visage légèrement déformé. La richesse de la tombe nous indique que son occupante était membre de l’aristocratie celte : le Mont Lassois près duquel la tombe est implantée est une de ces « résidences princières » (KIMMIG 1969), siège centralisé du pouvoir de cette classe dirigeante. Il ne faut pas s’étonner que la défunte soit une femme : les tombes princières féminines du VIème s. sont moins rares qu’on pourrait le penser. Cependant les trois tombes princières mises à jour au Mont Lassois (celle de Vix et deux autres implantées dans la commune de Sainte-Colombe) sont des tombes féminines à char, ce qui peut laisser imaginer l’existence d’une dynastie féminine à Vix. Quoi qu’il en soit, la « princesse de Vix » devait occuper un statut bien particulier au sein de cette aristocratie, et supérieur à la position des autres femmes de son époque.

La tombe de Vix est fascinante à plusieurs égards : son extrême richesse, la beauté et la démesure de son mobilier, son énigmatique occupante en font une découverte hors du commun. Mais si la particularité de cette tombe la rend exceptionnelle pour son époque, c’est que certaines de ces caractéristiques préfigurent le second âge du fer (ou période de la Tène). La présence de cet énigmatique torque en or n’a par exemple aucun antécédent, mais en revanche de nombreuses suites dans les tombes féminines riches du début de la période suivante, et ses traits techniques et iconographiques ne s’affirment ailleurs qu’au milieu du Vème siècle. De manière similaire, c’est la première fois que l’on trouve dans une tombe un service dédié exclusivement à la boisson, or cette pratique devient par la suite la règle. Cette tombe se situerait donc dans une sorte de « phase expérimentale » (C. ROLLEY), qui souligne la continuité entre le premier et le second âge du fer. La tombe de Lavau (Aube), découverte en mars 2015, est elle aussi exceptionnelle à bien des égards, et a permis de renouveler les recherches sur le Hallstatt final et le début de La Tène. Un parallèle peut être esquissé entre ces deux tombes : à Lavau l’on trouve un char, de riches bijoux, un torque en or, un grand chaudron de bronze, de la vaisselle du monde méditerranéen… A une différence près : nous avons cette fois-ci affaire à une tombe masculine, reconnaissable à la présence d’un grand couteau dans son fourreau et confirmée par les études ostéométriques.

 Bibliographie

  • C. ROLLEY, La tombe princière de Vix, Paris, 2003
  • Dossiers d’archéologie n°284 : « Vix, le cinquantenaire d’une découverte », Paris, 2003
  • A. HAFFNER, « Le torque en or de la tombe princière de Vix », Dossiers d’Archéologie n° 284, Paris, 2003

 Webographie


Henriette Laure Élève de 1ère année, 2017