E.T. AOrOc-Bibracte IV | Mosaicnet

Enjeux, contexte, objectifs et méthodes.

En archéologie, un des enjeux est de qualifier l’organisation complexe de relations entre des acteurs spatiaux (sites), en particulier pour les réseaux urbains ou commerciaux, ceci essentiellement à partir de la diffusion des objets. Pour y parvenir, on s’appuie de plus en plus sur les méthodes d’analyse de réseaux, mises au point au départ par les physiciens. L’augmentation considérable des données en archéologie rendent maintenant ces méthodes très opérantes.

 Contexte scientifique

Depuis une quinzaine d’années en archéologie, ce travail de qualification des réseaux s’enrichit d’un grand nombre de méthodes et outils nouveaux développés dans d’autres disciplines, liés à l’accroissement des données et des collaborations transdisciplinaires.
Un premier groupe d’outils se rapporte à l’Analyse de Réseaux (Network Analysis), et dérivent des recherches effectuées sur la Théorie des Graphes en mathématiques, puis en sociologie et en histoire. Cette approche consiste en une représentation visuelle et mathématique du réseau, spatial ou non, dans le but de détecter et d’interpréter des schémas de relation entre les acteurs potentiels (Knappett 2014). L’analyse spatiale des réseaux, issue quand à elle de la géographie et de la physique, cherche à mesurer « en quoi la position relative des acteurs intervient dans leurs relations » (Pumain & Saint-Julien 2010, p. 5).

 

Ces méthodes et concepts multidisciplinaires sont à même d’enrichir la recherche archéologique dans trois domaines :

  1. Lorsque les données consistent en un réseau existant, que l’on est capable de représenter (un réseau routier par exemple) et que l’on cherche à le décrire et à en étudier la structure ;
  2. Lorsque le sujet d’étude comprend des acteurs spatiaux (sites) dont on sait qu’ils interagissent, mais dont on ne sait pas comment et avec qui. On cherche donc à restituer ce système en travaillant sur les opportunités d’interactions de chaque site en fonction de sa localisation dans l’espace par rapport aux autres acteurs.
  3. Enfin, les modèles réseaux peuvent se révéler particulièrement pertinents et efficaces pour l’étude d’un ensemble de données non relationnelles, en tant qu’outil d’analyse de données au même titre que les analyses factorielles de correspondance.

 

Toutes ces méthodes offrent de plus des clés conceptuelles pour étudier des processus complexes comme les échanges ou l’urbanisation à travers les notions de centralité, d’intermédiaire, de flux ou de connexité, et leur traduction dans l’espace : axe, voie et itinéraire. Tous ces outils mathématiques ont fait une entrée fulgurante dans les méthodes d’analyse des archéologues. La multiplication des publications, colloques et sessions sur le sujet (pas moins de six conférences françaises consacrées au moins en partie aux réseaux historiques et archéologiques entre juin et septembre 2016 [1]) a permis de diffuser plus largement l’intérêt flagrant de ces nouvelles thématiques et méthodologies pour l’archéologie, encore faut-il apprendre à les maîtriser, c’est l’un des enjeux de cette école thématique.

 Comité d’organisation

  • Oliver Nakoinz, Privat-docent, Institut d’Archéologie pré- et protohistorique, Université de Kiel, Allemagne.
  • Katherine Gruel, directrice de recherches CNRS, École normale supérieure, France.
  • Clara Filet, doctorante, Université Paris 1, France.
  • Franziska Faupel, doctorante, Université de Kiel, Allemagne.
  • Vincent Guichard, Directeur de l’EPCC Bibracte.

 Institutions

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CNRS
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UMR8546 AOrOc, CNRS / ENS-PSL Paris
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Institute of Pre- and Protohistoric Archaeology, Université de Kiel, Allemagne
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www.dfh-ufa.org
Université Franco-Allemande Deutsch-Französische Hochschule
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Centre de recherche de Bibracte Glux-en-Glenne (France)

 Objectifs de l’École Thématique

Permettre aux participants de se faire une idée générale de la façon dont la question des systèmes d’interactions et des réseaux a été abordée en archéologie, d’intégrer les principes de base des différentes tendances de recherche sur le sujet et d’initier une mise en pratique dans leurs domaines respectifs. L’objectif fut donc de fournir les clés conceptuelles et méthodologiques essentielles, permettant de réfléchir à leur pertinence et d’en appliquer les principes dans le cadre des travaux de recherche.
Il s’agissait également de faciliter les contacts entre les participants et la création d’une communauté pour soutenir des coopérations futures à un échelon international.
Enfin, il est également prévu que l’ensemble des présentations magistrales et des exercices pratiques développés lors de la formation fasse l’objet d’une publication sous forme de manuel. Publié par l’éditeur Springer, cet ouvrage concentrera ainsi à la fois le contexte théorique et des exemples d’application de ces méthodes, mais également tous les éléments techniques (scripts et données d’exemple) pour les reproduire.
Une initiative similaire à l’issue de la Summer School ’Modeling Human Behaviour in Landscape’ organisée à Noer (Allemagne) en 2014 avait déjà abouti à ce type de publication (Nakoinz & Knitter 2016). Nous espérons qu’un tel manuel permettra une prise en main plus facile de ces notions et outils et contribuera à développer les études sur les réseaux anciens en archéologie.

 Les axes principaux de l’École Thématique

La formation proposée fut le fruit d’un partenariat entre le CNRS, l’École Normale Supérieure (AOROC), l’École de Protohistoire Européenne de Bibracte, l’université Paris 1 Panthéon Panthéon Dans l’Antiquité, temple consacré à tous les dieux, par extension, ensemble des dieux. -Sorbonne, l’université Christian-Albrecht de Kiel (Allemagne). Différents chercheurs et formateurs européens sont intervenus sur la question de la restitution des réseaux anciens et des méthodes permettant de les analyser.

 

L’objectif de cette formation fut double :

  • proposer un état des lieux de ces différentes approches et de discuter de leur apport à la réflexion sur les interactions sociales, culturelles et économiques anciennes.
  • Aider à la prise en main d’un outil permettant leur mise en application sur les recherches des participants (introduction au langage R et à son logiciel R Studio).

 

Les cinq jours de formations furent donc divisés en trois grands axes :

  1. un état des lieux de la question des interactions, échanges et réseaux anciens en archéologie, pour aborder la façon dont les interactions sont définies et restituées grâce aux données archéologiques. ainsi que le contexte théorique des modèles d’interactions et de réseaux. Présentations : Olivier Nakoinz, Privat Docent, Université de Kiel ; Patrice Brun, directeur de recherche à l’université Paris 1, Olivier Buchsenschutz, directeur de recherche émérite CNRS-ENS.
  2. Une présentation des différentes méthodes de restitution et d’analyse des réseaux anciens, de la Network Analysis (outils liés à la sociologie, à l’histoire et aux mathématiques), aux réseaux d’échanges et réseaux de transport à l’intérieur d’un territoire (méthodes liées à l’analyse spatiale, issues de la géographie et de la physique). On s’est interessé aux principes théoriques et méthodologiques qui sous-tendent chacune de ces techniques ainsi qu’à leur mise en œuvre pratique. Présentations et formations : Oliver Nakoinz ; Franziska Faupel, doctorante à l’université de Kiel ; Clara Filet, doctorante à l’Université Paris 1, Michel Dabas , CR CNRS, AOROC.
  3. Une mise en pratique par les participants sur leurs propres données ou sur des données extraites des bases de données existantes.
  4. Une réévaluation de ces méthodes, de manière à réfléchir à leur pertinence et questionner leurs applications. Présentation et Conclusion : Catalin Popa, post-doctorant à l’université de Leiden.

 

De plus, suite à la demande exprimée lors de la précédente École d’Eté MOSAIC de Kiel en 2016, une sixième journée fut ajoutée. Celle-ci, facultative, offrit à tous les débutants une première prise en main, personnalisée et en petit comité, des bases du langage R, facilitant ainsi leur insertion dans les ateliers des jours suivants. Ce langage, aujourd’hui largement répandu dans bon nombre de sciences humaines (sociologie, psychologie, géographie, histoire...) fournit de nombreuses solutions de traitement aux analyses archéologiques, en particulier concernant les analyses statistiques et géographiques (SIG). Voir l’article dédié : « Analyser les données : le logiciel R Studio ».

 Programme

Avec la participation de Olivier Buchsenschutz, directeur de recherche émérite CNRS (AOrOc - École normale supérieure, France), Patrice BRUN, Professeur (Université Paris 1, France), Catalin POPA, Post-doctorant (Université de Leiden, Pays-Bas) et Fabrice Rossi, Professeur des (Université Paris 1, France).

 

Bloc 0 : Introduction au logiciel libre R (facultatif) (O. Nakoinz, C. Filet and F. Faupel).
Cours introductif à l’utilisation du langage de programmation R, du logiciel Rstudio et de l’utilisation de scripts, à destination des participants n’en ayant aucune pratique.
Bloc 1 : Réseaux en archéologie : réflexion et enjeux (O. Nakoinz, P. Brun and O. Buchsenschutz).
Présentation du contexte théorique du travail sur les interactions et les réseaux des sociétés anciennes. Les différents types de réseaux, les moyens de les identifier et de les restituer sont abordés, ainsi que les approches non informatisées des réseaux d’interactions dans un territoire.
Bloc 2 : Analyse des réseaux sociaux (O. Nakoinz).
Initiation aux méthodes d’analyses de réseaux sociaux. Différents indices de centralité sont abordés pour quantifier des comparaisons entre plusieurs structures d’organisation de réseaux issus de différentes régions et périodes.
Bloc 3 : Systèmes d’échanges dans l’espace : (F. Faupel).
Les interactions anciennes sont contraintes par la distance entre les deux acteurs. La journée portera sur les itinéraires de parcours dans un paysage avec l’analyse de la structure routière, l’identification des facteurs amenant à la localisation de la voie de passage et l’analyse des chemins de moindre coût.
Bloc 4 : Approcher l’organisation des systèmes d’échanges (C. Filet, F. Rossi).
L’essentiel des interactions anciennes, leurs acteurs et leur intensité ne sont pas connus des archéologues. La journée sera dédiée aux moyens d’approcher l’organisation des systèmes d’échanges anciens en l’absence de sources textuelles grâce aux modèles d’interactions spatiales et à l’étude de la structure de diffusion du mobilier archéologique.
Bloc 5 :Bénéfice et utilité des analyses de réseaux en archéologie (C. Popa and participants).
Retour critique sur les différentes méthodes, leur applicabilité et leurs limites.

En bas de page le planning en anglais.

 A Bibracte

Le pôle de recherche de Bibracte est aujourd’hui l’un des plus dynamiques de la recherche française. Alliant un site archéologique accueillant chaque année près de 300 chercheurs et un centre de recherche d’envergure européenne, Bibracte est aujourd’hui un pôle moteur au cœur du réseau de la recherche Européenne sur l’âge du Fer. Depuis la création du centre de recherche, il a déjà accueilli de nombreuses conférences, colloques, tables rondes et formations, dont déjà trois Écoles Thématiques du CNRS en 2011, 2013 et 2016. La proximité au sein du petit village de Glux-en-Glenne à la fois des lieux de travail au Centre de Recherche, des logements permettant d’accueillir tous les participants ainsi que du lieu de restauration collective et lieu de convivialité assure à cette formation une excellente atmosphère de travail, propice aux échanges entre participants.


[1] *Lyon, 6-8 juin 2016, Rencontres interdisciplinaires sur les réseaux sociaux : description, données, modélisation, interprétation.
*Paris, 7-10 juin 2016, Journées Informatique et Archéologie. Sous-Thème : Archéologie des Réseaux.
*Paris, du 14 au 17 juin 2016, Second European Conference on Social Networks.
*Paris, 16-17 juin 2016, Diffusion of Innovations : Social Boundaries and networks.
*Marseille, 11-13 juillet 2016, Complex Networks : from theory to interdisciplinary applications.
*Nice, 22-24 septembre 2016, Quatrième Rencontres Réseaux et histoire.


Portfolio

E. T. AOrOC-Bibracte 4 2018 : Programme

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