L’archéozoologie

Par Marie-Amélie Dutheil de la Rochère

Du grec archeos, ancien ; zôon, animal ; logos, sujet d’étude.

 Histoire de la discipline

Fossiles et ossements inconnus ou non identifiables ont suscité diverses théories depuis longtemps. G.-L. Buffon (1707-1788) énonce le premier l’idée que l’histoire de la terre est en rapport avec les sédiments et que des animaux ont pu disparaître. G. Cuvier (1769-1832) joue un rôle essentiel dans la détermination des restes fossiles. L’utilisation des vestiges de la faune pour la datation commence avec E. Lartet (il propose une biostratigraphie : âges de l’ours, des mammouths et rhinocéros, du renne, des aurochs et bisons). La première étude archéozoologique est l’œuvre de L. Rütimeyer (1825-1895) qui publie en 1862 une étude où il s’intéresse à la morphologie des espèces, aux traces dues à l’homme sur les ossements, etc. Enfin, en 1926, J.-U. Düerst établit les fondements de la biométrie. De nos jours, l’archéozoologie s’ouvre également sur les espèces de non-mammifères.

 

 Champs d’étude

Évolution des espèces sauvages et domestiques, domestication (conséquences sur la faune et la société), migrations et transhumances, artisanat de l’os, techniques de chasse, de boucherie, reconstitution des climats et microclimats…

Étudier des restes animaux

Fosse à chevaux, Varennes. ©P.Meniel
Fosse à chevaux, Varennes. ©P.Meniel

Détermination : par anatomie comparée et biométrie, on détermine avec des critères quantitatifs & qualitatifs la place de l’animal étudié dans la hiérarchie zoologique (embranchement, classe, ordre, famille, genre, espèce, sous-espèce). L’anatomie comparée consiste à comparer des caractères morphologiques difficilement quantifiables de l’échantillon avec ceux de collections de référence à disposition ou dans un atlas spécialisé ; elle donne des informations sur le sexe et l’âge. La biométrie concerne les données quantifiables (longueurs et angles) ; le guide de référence des mesures est celui d’A. von den Driesch (1976) ; on utilise un traitement statistique informatisé pour les échantillons importants ; elle peut nous renseigner sur le sexe, la taille, la masse des individus. La détermination est l’étape primordiale d’une étude archéozoologique dont elle fonde toutes les conclusions.

Des ossements, on peut remonter aux individus puis à leur nombre : c’est l’archéozoologie quantitative, qui permet d’évaluer les rendements de la chasse et de la production des troupeaux domestiques (quantité de nourriture par rapport au nombre de bêtes abattues).

La taphonomie (étude des processus après enfouissement ou post mortem) consiste en archéozoologie à étudier l’action de l’homme sur l’animal mort : s’en est-il emparé par charognage (un fauve s’étant chargé de la chasse) ? A-t-il transporté la carcasse entière ou seulement des morceaux choisis ? Où a-t-il découpé et avec quel(s) outil(s) ? etc.

Interpréter les restes animaux

Certaines espèces sont caractéristiques d’un climat, et on peut ainsi reconstituer les climats à petite et grande échelle (en complémentarité avec une étude archéobotanique ). Ce sont les restes de rongeurs (regroupés autour des aires de rapaces) que l’on sollicite surtout ici. On a ainsi pu constater que le changement progressif dans la répartition des espèces après la dernière glaciation était le signe du réchauffement climatique et on a pu suivre ainsi l’évolution géographique de ce phénomène. On obtient également des données sur la couverture végétale, en fonction des proportions des espèces vivant en espace découvert / couvert.

On peut évaluer l’âge de l’animal : pour les poissons les cernes des os, annuli, marquant la croissance n’étant pas détruits au fur et à mesure chez eux ; pour les mammifères, on obtient cette information par l’étude des dents et des soudures des épipyphes. Grâce aux annuli des poissons, à l’observation de la présence des espèces migratrices, à la détermination de l’âge des animaux de moins d’un an, on connaît la saisonnalité de l’occupation d’un site.

 

 L’homme et l’animal

Prédation

Les ossements permettent de voir si une sélection du gibier a été effectuée a priori (en fonction de l’espèce, de l’âge, du sexe, etc.), s’il s’agit du produit d’une chasse ou d’une récupération de charogne, quel est le type de site (camp de base, camp saisonnier, halte de chasse, site d’abattage, site de boucherie).

Domestication

Pour différencier espèces domestiques et sauvages, il faut tenir compte de plusieurs critères en même temps (changements morphologiques, répartition entre les classes d’âge, espèce introduite dans un espace où elle ne se trouvait pas naturellement, évolution des structures anthropiques) ; on peut également évaluer le degré de spécialisation de l’élevage (les bêtes à viande sont abattues jeunes, il y a plus de femelles dans un élevage laitier, les bêtes de somme sont plutôt des mâles castrés utilisés jusqu’à un âge avancé…) en s’aidant des outils trouvés sur le site (faisselles à fromage, jougs, etc.). C’est ainsi que l’on s’est rendu compte que la domestication de toutes les espèces s’est d’abord faite pour la viande et que les autres usages sont venus s’ajouter assez tardivement. Les productions les plus difficiles à percevoir pour l’archéozoologue sont celles de la laine et du fumier car ni l’âge ni le sexe ne sont alors des facteurs de sélection pour l’éleveur. Une fois l’élevage spécialisé, il faut encore un certain temps avant que la morphologie (crâne, stature) des animaux soit modifiée, et que l’on passe de l’aurochs au charolais, plus trapu et plus charnu.

Cuisine et boucherie

Petit mobilier en os travaillé. Allonnes (72) ©B. Bazin
Petit mobilier en os travaillé. Allonnes (72) ©B. Bazin

En étudiant sous divers éclairage avec une loupe des ossements bien conservés, on repère les traces des outils utilisés pour la découpe de la viande. Cela se révèle plus facile pour les périodes historiques où ils sont en métal que pour la Préhistoire où ils sont en os. On s’aperçoit que la différence d’outillage se traduit dans la découpe : les hommes préhistoriques suivent le squelette de l’animal et leurs successeurs beaucoup moins. La variété des habitudes et des techniques est ici si grande qu’il est délicat d’en tirer des conclusions générales.

Autres relations

Statuaire en bronze, sabots. Allonnes (72) ©Ph. Delangle
Statuaire en bronze, sabots. Allonnes (72) ©Ph. Delangle

Les animaux ont une grande place dans l’imaginaire des sociétés anciennes, par exemple dans la religion et dans les pratiques funéraires (sacrifice de chevaux dans les tombes de guerrier). Les différences entre le bestiaire de la table et les autres sont donc un champ d’études très important : ainsi, les Magdaléniens mangent surtout du renne mais dans les peintures pariétales, ils préfèrent représenter d’autres espèces. Les relations entre hommes et bêtes doivent donc être envisagées sous plusieurs angles de vue. Hors du champ symbolique, il arrive que l’on ait une preuve d’affection d’un maître envers son animal familier, comme pour ce chien gallo-romain de Lyon retrouvé enterré avec soin, un vase entre ses pattes.

 

 Bibliographie

  • EVIN J. et alii ed., Les Mystères de l’archéologie : les sciences à la recherche du passé. Lyon , Presses universitaires et caisse nationale des monuments historiques et des sites, 1990.
  • CHAIX L., MENIEL P., Eléments d’archéozoologie. Paris, 1996, Errance.
  • RACKHAM D. J., Animal Bones (Interpreting the Past), University of California Press. 1994.

 

 Webographie

 


Marie-Amélie Dutheil de la Rochère
élève ENS 1ère année, 2004.