Les techniques de relevé

Par Vivien Barrière

On considère que la fouille est destructive puisque certaines structures comme les trous de poteaux ne peuvent être fouillées sans être détruites. Le relevé est ainsi un moyen de recherche qui progresse en même temps que la fouille et qui a pour but d’organiser, de classer, d’inventorier et de mémoriser les découvertes car la fouille ne saurait progresser sans détruire. Établir le relevé d’une structure archéologique, c’est déterminer ses coordonnées sur un repère en x, y, z et les géoréférencer, c’est-à-dire les situer dans sur une carte IGN. Ceci est valable pour tous les faits archéologiques, les structures en creux ou en relief, les traces, les objets… pour en faire le relevé, il faut observer, décrire, transcrire.

 À quoi servent les relevés ?

La constitution d’une documentation scientifique

Établir des relevés de manière systématique lors d’une campagne de fouilles, c’est produire un ensemble de documents qui participent à l’élaboration de l’inventaire du site archéologique. Les relevés sont des archives précieuses puisqu’ils sont les seuls témoignages qui restent du site. Les avancées de la connaissance reposent en premier lieu sur la constitution systématique de cette documentation scientifique. Un relevé est déjà une interprétation qui a pour objectif de transcrire ce qui a été vu et compris.

L’interprétation et la reconstitution archéologique

L’étude des relevés permet au chercheur d’accéder à une vision générale des choses, vision qu’il est parfois difficile de saisir sur le terrain. Le relevé, parce qu’il est un support plus pratique et mieux adapté à l’exercice de la réflexion, est la condition préalable à l’étude et à la compréhension globale. En effet, le changement d’échelle, inhérent à tout relevé, offre des facilités pour manipuler et saisir globalement les informations archéologiques. En outre, la précision des relevés (c’est-à-dire leur fidélité à la structure archéologique tant au niveau des détails que des mesures) permet à l’archéologue ou au chercheur de se livrer à une étude rigoureuse de l’objet archéologique sans être directement en contact avec celui-ci. Sans cela, l’archéologue ne saurait mener correctement le travail d’interprétation, préalable à toute tentative de reconstitution des sociétés anciennes.

La restauration

Lorsque la restauration d’un objet ou d’un fait archéologique doit être entreprise, il n’est pas inutile de se reporter aux différents relevés qui ont pu être établis, à tout moment de sa vie , afin de recueillir le maximum d’informations sur son état originel. Il n’est d’ailleurs pas anodin de constater que l’archéologie du bâti (renvoi à la fiche sur l’archéologie du bâti) s’est développée conjointement à des projets de restauration du patrimoine ancien : il est en effet possible de se reporter aux relevés architecturaux d’un monument, lorsque l’on envisage de le restaurer, non seulement pour déterminer les dommages causés par rapport à un état de conservation antérieur mais aussi pour connaître les dimensions précises de tel ou tel élément architectural afin d’assurer la fidélité de la restauration.

 

 La problématique du relevé : peut-on être exhaustif, objectif et clair ?

Relevé de coupe, Allonnes (72). ©K. Gruel
Relevé de coupe, Allonnes (72). ©K. Gruel

La technique du relevé consiste à passer de l’objet archéologique matériel à une image (qu’elle soit linguistique, graphique ou encore photographique). Ce transfert s’accompagne d’une inévitable perte d’informations (à commencer le plus souvent par la 3ème dimension) mais cet appauvrissement inévitable est aussi nécessaire car il rend l’image d’autant plus facile à utiliser, à classer et à comparer.

Si l’on décide, par exemple, d’utiliser la photographie comme technique de relevé, on n’obtient qu’une série de points de vue qui ne rendra jamais compte de la totalité du réel et de l’intégralité de l’objet ; cela dit, la technique photographique est toutefois plus objective que le dessin qui est soumis à la subjectivité du regard de l’artiste.

Pour compenser au mieux cette impossibilité d’être objectif, l’usage de la technique photographique ou graphique doit alors être normalisé : il faut mettre en place des repères gradués, déterminer l’orientation de l’éclairage, fixer préalablement la distance… Ainsi normalisée, la photographie pourra prétendre à la même autorité que le dessin technique face au dessin conventionnel.

Aucune technique de relevé ne garantit ni l’exhaustivité, ni l’objectivité : le problème que rencontre l’archéologue n’est alors pas d’éviter la perte d’informations mais de la contrôler selon ce qu’il espère tirer du relevé.

 

 Outils de saisie

Décamètre  :

Relevé d’un mur, Ostie. ©H. Dessales
Relevé d’un mur, Ostie. ©H. Dessales

Il sert à mesurer les longues distances. On utilise aussi le mètre pour les distances plus réduites. C’est l’instrument indispensable pour tout relevé.

 

Niveau de chantier :
Constitué d’une lunette et d’une mire de 4 m graduée en centimètres, il permet de définir l’altitude du point (Z).

 

 

Théodolite laser ou tachéométre :

Tachéomètre laser, Allonnes (72). ©K. Gruel
Tachéomètre laser, Allonnes (72). ©K. Gruel
Tachéomètre laser, Allonnes (72). ©K. Gruel
Tachéomètre laser, Allonnes (72). ©K. Gruel
Prise de point, porteur du prisme, Allonnes (72). © K. Gruel
Prise de point, porteur du prisme, Allonnes (72). © K. Gruel

Il donne les coordonnées en x,y,z du point visé. De plus, l’utilisation de techniques modernes comme le laser ou les ultrasons et la présence d’un calculateur intégré qui mémorise la distance et l’altitude de chaque point visé lui permet de fournir des mesures très précises. Les coordonnées des points visés sont ensuite analysées par des logiciels qui dressent un plan numérique de la zone.
Cette méthode de relevé permet de cartographier la façade d’un monument comme une zone de plusieurs hectares.

 

Alidade Alidade
Alidades
Instrument de visée, sans lentilles de verre, employé pour les mesures à distance.
 :
Il s’agit d’une lunette fixée sur une planchette horizontale qui repose sur un trépied. Ce système permet d’établir un plan grâce à la visée réelle et au report des mesures sur un plan à l’échelle.

 

Pentographe Pentographe
Pentographes
Instrument composé de quatre tiges articulées permettant la reproduction de dessins à des échelles différentes.
 :

Pentographe, Allonnes (72). ©K. Gruel
Pentographe, Allonnes (72). ©K. Gruel

A l’aide d’un stylet ou d’un pointeur laser, le dessinateur suit le contour des structures et des objets qui se trouvent reproduits à une échelle fixe : 1/20 ou 1 /50 par un système de poulies reliées à une pointe graffite.

 

 

 

Appareil photo :

Prise de vue photographique, Allonnes (72). ©K. Gruel
Prise de vue photographique, Allonnes (72). ©K. Gruel

Photographies obliques ou verticales ; couverture ponctuelle ou systématique.
Ill. : Prise de vue du chantier en oblique haute, Allonnes (72), 2002.

 

 

 

 

Fiches papiers  :
US - objet - fait archéologique.
Quand le relevé est achevé, il faut le vérifier et le codifier, c’est-à-dire préciser le lieu, la date, le numéro d’inventaire, l’échelle, la description des vestiges et le nom de la personne qui a établi le relevé.

 

Scanner 3D  :
Un capteur numérique projette des rayons vers l’objet dont on souhaite faire le relevé, ce qui permet d’obtenir une image en trois dimensions d’une précision exceptionnelle ; le principal intérêt de cette technique de relevé par rapport au levé tachéométrique est de rendre compte du relief de l’objet scanné.

 

 Outils de traitement

Minutes de fouille  :
On désigne ainsi le regroupement et le classement de toutes les fiches papiers.

Mise au net à l’échelle

Traitements numériques :
Avec des logiciels de DAO-PAO.

Bases de données géoréférencées :
Des relevés plus anciens, plus rudimentaires… mais non moins utiles.

Les empreintes  :
Certains indices ne peuvent pas être prélevés mais il peut être tout de même nécessaire de les documenter (c’est notamment le cas des empreintes dans le sol ou des traces d’outils) ; l’archéologue peut alors créer une empreinte de l’objet plutôt que de se contenter d’une représentation graphique traditionnelle : les moulages sont une forme de négatif du relevé. L’archéologue peut également décider d’effectuer un moulage, lorsqu’il découvre un moule ancien, pour avoir une idée du résultat que ce moule a permis d’obtenir.

De même, la technique du moulage, telle qu’elle a été utilisée à Pompéi par G. Fiorelli, permet de reconstituer la position du corps, la tenue vestimentaire, la forme des bijoux, voire la chevelure des Pompéiens ensevelis sous les cendres lors de l’éruption du Vésuve en 79. On utilise le même principe pour relever une inscription épigraphique ou une marque lapidaire Lapidaire
Lapidaires
de pierre.
lorsque l’on appose sur elles un calque que l’on noircit ensuite pour faire apparaître le moindre détail présent sur la pierre.

Voir R. Rebuffat Les descriptions présentes dans les sources littéraires  : parfois les sources écrites nous livrent des informations rares. Prenons l’exemple des écrits de Pausanias : sa Description de la Grèce nous présente des relevés d’œuvres que le temps ne nous a pas transmises ; la confrontation des descriptions de Pausanias avec les copies d’époque romaine permet de se faire une idée précise de la statue d’Athéna Parthénos située sur l’acropole d’Athènes. De même, les voyageurs des derniers siècles nous laissent souvent des descriptions détaillées : c’est le cas de Stendhal qui, dans ses Promenades dans Rome, témoigne de l’état du Colisée au début du XIXe siècle.

L’étude des archives des archéologues et les représentations des siècles passés : l’étude de ces relevés du passé enrichit notre connaissance de l’histoire du site archéologique mais elle permet également, lorsque l’objet ou la structure doivent être restaurés, de garantir une restauration fidèle.

 

 Vidéo

Les techniques de relevé
IMG/f4v/archeo_releves.f4v
Fouilles archéologique d’Allonnes : - les méthodes de relevés - le relevé à la grille - relevé au pentographe 1/20 ème - relevé à la main d’un mur - relevé de coupe en élévation.
Responsable scientifique Katherine Gruel ; réalisation Claire Ananos et production Juliette Roussel (diffusion des savoirs ENS).

 


Vivien Barrière
(élève ENS 1e année, 2004)


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