La vaisselle céramique : notions techniques

Par Bruno Bazin

Témoin de la vie passée de nos ancêtres, la céramique gallo-romaine est recueillie en quantité abondante sur les sites archéologiques. Sous le terme de céramique, nous entendons la vaisselle de table et de cuisine, de transport et de stockage, fabriquée à partir d’argile cuite. Il s’agit ici d’un matériel courant, utile à la vie de tous les jours ; fragile, donc souvent remplacé, et facilement accessible pour l’époque. Il ne faut toutefois pas oublier l’abondante vaisselle en bois qui ne se conserve qu’en milieu humide, la vaisselle métallique, plus rare et le verre, plus fragile. Les techniques gallo-romaines de fabrication de céramiques sont de mieux en mieux connues grâce aux fouilles d’ateliers de potiers. Il devient ainsi possible d’esquisser des synthèses sur cet artisanat. Le matériau essentiel pour la réalisation d’une céramique est l’argile. Cette dernière a pour propriété d’être malléable une fois humidifiée, donc facile à travailler, mais aussi de durcir de façon irréversible à une certaine température.

 Préparation de la matière première

Tous les argiles sont naturellement composées d’une matière plastique : l’argile, et de matières non plastiques : les dégraissants (sable, quartz…). Ils permettent une meilleure tenue de la pâte lors du façonnage et de la cuisson. Certaines argiles trop riches en dégraissants, sont épurées ; au contraire, d’autres, trop pures, nécessitent un ajout de matière (cendre, végétaux…). Ce dosage peut également varier suivant la fonction de la céramique : vaisselle de cuisson, vaisselle de table… L’argile est ensuite malaxer pour obtenir une bonne consistance puis mise à décanter (pourrissage) pendant un certain temps.

 Le façonnage

Il existe trois techniques principales d’élaboration :

1- Le modelage
montage au colombin © Christophe Bailly
montage au colombin © Christophe Bailly
Cette méthode, très ancienne, consiste à façonner l’argile à la main, soit avec une plaque à laquelle on donne ensuite la forme voulue, soit avec des boudins d’argile appelés colombin. En les superposant, on obtient la poterie désirée.
2- Le tournage
Montage au tour © Christophe Bailly
Montage au tour © Christophe Bailly
À l’aide d’un plateau circulaire mis en rotation sur un axe et actionné avec la main ou avec un bâton, le potier monte son vase à partir d’une motte d’argile. Le tournage se généralise à l’époque gallo-romaine par l’arrivée du tour rapide. La vitesse de rotation permet de fabriquer des formes plus élancées.
3- Le moulage
Fabrication de la céramique sigillée © Christophe Bailly
Fabrication de la céramique sigillée © Christophe Bailly
Un moule, de forme voulue, est tourné. Avant séchage, on applique à l’intérieur des poinçons avec des décors en reliefs. On dispose de l’argile sur les parois du moule qui pénètre dans les creux. Au démoulage, les décors apparaissent alors en relief sur la poterie définitive.

 La cuisson

Après séchage, toutes les poteries sont cuites pour obtenir un produit final résistant. À l’époque gauloise, les fours de cuissons sont souvent rudimentaires et l’on préfère parfois cuire les céramiques dans une fosse avec le brasier. À l’époque gallo-romaine, les techniques de cuisson évoluent et l’on dénombre deux principaux types de four.

 

Four de potier © Christophe Bailly
Four de potier © Christophe Bailly

Le premier, dénommé four à deux volumes se présente avec une chambre de cuisson en forme de coupole dans laquelle sont entreposées les céramiques. Ces dernières reposent sur un plateau (la sol) percés de trous (les carneaux). On place à l’entrée (l’alandier Alandier
Alandiers
Salle de chauffe du four
) le bois de cuisson. Le fait que les céramiques ne soient pas en contact direct avec le feu donne une cuisson plus régulière.

 

Four à cuisson oxydante © Christophe Bailly
Four à cuisson oxydante © Christophe Bailly

Le second, dénommé four à tubulures Tubulure
Tubulures
Petit conduit.
est surtout utilisé pour les sigillées. Il est fait d’une chambre de cuisson avec des tuyaux qui amènent la chaleur du feu et non les gaz et la fumée. La cuisson est encore plus régulière.

 

Notion de cuisson oxydante et réductrice

La dernière phase de cuisson des poteries va déterminer la couleur de surface. En ouvrant l’alandier ou un clapet au sommet de la chambre de cuisson, on apporte de l’oxygène. certains constituants de l’argile sont alors oxydés. Cette action favorise les céramiques à surface claire (blanc, crème, rouge, orange...). C’est la cuisson oxydante. Au contraire, si l’on ferme l’alandier ou le clapet de la chambre de cuisson, l’oxygène ne pénètre plus. Les éléments de l’argile ne sont pas oxydés et les poteries sont alors grises, bleutées ou noirâtres On qualifie cette technique de cuisson réductrice.

 

 Webographie

 


Bruno Bazin
(doctorant, 2004)


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