La brique cuite

Par Yann Berthelet

 Préparation de l’argile et confection des briques

Cette partie est traitée dans l’article La brique crue.

 Fabrication du four

Le four à céramique

Il est constitué d’une chambre de chauffe soutenue par une série d’arcs hauts ; au-dessus, la sole dispose de trous pour permettre le passage des flammes et de la chaleur. Au-dessus se trouve une chambre où l’on accède par une porte.

La cuisson à la meule

Il s’agit d’une autre technique de cuisson de briques. Elle consiste à empiler des briques sur une ou plusieurs chambres de chauffe aménagées en couloir. Elle permet la cuisson de grandes quantités de briques. Cette technique ne distingue pas la chambre de chauffe de l’alandier Alandier
Alandiers
Salle de chauffe du four
. Ces fours, d’existence temporaire, permettent de fabriquer les briques à l’endroit même où elles vont être utilisées, et ne nécessitent pas d’artisan spécialisé.

 Cuisson de la brique

C’est la dernière étape de constitution de la brique. Cette étape est très délicate : il faut soumettre le bloc d’argile à un échauffement régulièrement croissant jusqu’à la température de cuisson (de 850 à 1200°C, selon le type d’argile utilisée). La phase de refroidissement doit être elle aussi progressive. Le briquetier intervient également sur l’atmosphère régnant à l’intérieur du four : une cuisson oxydante (avec admission d’oxygène) produit une teinte dite normale ; avec une atmosphère réductrice (sans apport d’oxygène), la couleur sera plus foncée.

La cuisson est une étape essentielle qui détermine la qualité de la brique :

  • les briques trop cuites (celles, par exemple qui se sont trouvées en contact avec le feu) sont utilisées dans les fondations ou, sous forme de fragments, dans les blocages.
  • celles qui se trouvaient au-dessus de la sole sont de meilleure qualité. On les utilise pour les arcs, les voûtes, les ossatures et, en raison de leur bonne imperméabilité, dans les canalisations.
  • celles qui se trouvaient au niveau supérieur sont de qualité moindre que les précédentes mais peuvent être utilisées dans les ossatures.
  • celles qui sont très claires sont insuffisamment cuites. On les utilise dans le blocage des murs, comme caementa.

 Typologies des briques

Voici les modules de briques les plus courants :

  • Bipedales : 2 pieds (59,2cm).
  • Sesquipedales : 1,5 pieds (44,4cm).
  • Bessales : 2/3 de pied (19,7cm).

Voici d’autres modules :

  • La brique rectangulaire, dite lydienne (1x1,5 pieds soit 29,6x44,4cm) : elle fut notamment utilisée en Espagne et en France.
  • La brique triangulaire, obtenue par fractionnement d’une bipedale, d’une sesquipedale ou d’une bessale et dont on a des exemples à Rome et en Italie.
  • Pedales ou tetradoron, briques carrées d’un pied de côté (29,6cm).
  • Pentadoron, 5 palmes ou 0,375m.

 

Brique triangulaire © Hélène Dessales (ENS)
Brique triangulaire © Hélène Dessales (ENS)
Brique rectangulaire © Hélène Dessales (ENS)
Brique rectangulaire © Hélène Dessales (ENS)

Ill. de gauche : Brique triangulaire fractionnée après cuisson à partir d’une grande brique rectangulaire ; cette technique est spécifique de Rome et de l’Italie. Ostie antique (Italie), 2003.
Ill. ci-contre : Brique rectangulaire, dite lydienne, dont la diffusion est caractéristique en Gaule romaine et dans les provinces hispaniques. Itálica (Espagne), 2003.

 

Les briques sont fractionnées après cuisson afin d’être adaptées à la construction. Les tranches rugueuses où a eu lieu le fractionnement permettent ainsi une meilleure adhérence au mortier. Ce fractionnement est fait avec une scie ou un outil tranchant.

Formes particulières :

  • Pour les colonnes, les briques sont en quart-de-rond.
  • Certaines briques sont moulurées (pour bases de pilastres, de colonnes,…).
  • Les briques utilisées comme voussoirs pour les arcs ou les voûtes ont des cunei en forme de trapèze. Elles permettent un encastrement facile pour le montage de la voûte.
  • Les briques à emboîtement ont des rainures sur les largeurs pour se ficher entre elles.
  • Les briques utilisées dans le doublage des parois pour pièces chauffées sont plates, carrées ou rectangulaires, munies de quatre ou cinq ergots ou tétons saillants (tegulae mammatae).

 La mise en œuvre

En fonction de leur module et de leur cuisson, on ne fait pas le même usage des briques :

  • Les sols : on utilise les briques pour le dallage sous forme de carreaux, surtout dans les cours et les espaces de service en raison de leur résistance à l’eau.
  • Les parois : les briques cuites sont particulièrement appréciées pour les thermes en raison de leur solidité en élévation, de leur résistance à l’eau et à la chaleur. Normalement un simple coffrage suffit, sauf dans le cas d’une portée très importante. La qualité des joints est importante pour assurer une bonne répartition des pressions. La disposition des briques peut varier : système boutisses / panneresses ; alterner dans une même assise ; alternance en assises.
  • Les bassins : C’est bien sûr ici leur résistance à l’eau qui est ici sollicitée. La brique cuite permet aussi de réaliser des volumes complexes.
  • Les arcs : dans le cas des aqueducs, on note une armature en briques avec un blocage interne. Sont surtout utilisées des bipedales ou sesquipedales, parfois l’opus mixtum.
  • Les arcs de décharge : les bessales, sesquipedales et bipedales sont utilisées pour leur construction.
  • Les Romains eurent également recours aux briques cuites pour réaliser des voûtes ou encore des fondations avec une disposition en épi.

 

Mur de briques avec arc de décharge © Hélène Dessales (ENS)
Mur de briques avec arc de décharge © Hélène Dessales (ENS)
Mise en œuvre de briques avec mortier de chaux © Département de sciences de l’Antiquité de l’ENS
Mise en œuvre de briques avec mortier de chaux © Département de sciences de l’Antiquité de l’ENS
Briques cuites dans un parement © Hélène Dessales (ENS)
Briques cuites dans un parement © Hélène Dessales (ENS)

Ill. gauche : Mur de briques avec arc de décharge : un égout est ménagé sous cet arc de décharge en plein cintre, construit avec des sesquipedales (briques de 1 pied et demi de côté, soit 44 cm). Ostie antique (Italie), 2002.

Ill. au centre : Mise en œuvre de briques avec mortier de chaux : les joints sont lissés ou tirés à la pointe par le maçon, à l’aide d’un stylet. Cette opération fut réalisée en deux fois, à mi-hauteur du joint (laissant un bourrelet central). Ostie antique (Italie), 2002.

Ill. droite : Mur en opus testaceum ; sur la tranche des briques, on observe les traces de lissage lors de la mise en forme dans le moule avant cuisson. Pompéi (Italie), 2004.

 

Mise en œuvre de briques rectangulaires dans un mur © Hélène Dessales (ENS)
Mise en œuvre de briques rectangulaires dans un mur © Hélène Dessales (ENS)
Chaîne d’angle avec briques de différentes couleurs © Hélène Dessales (ENS)
Chaîne d’angle avec briques de différentes couleurs © Hélène Dessales (ENS)
Mise en œuvre de briques triangulaires dans un mur © UMR8546
Mise en œuvre de briques triangulaires dans un mur © UMR8546
Mise en œuvre de briques triangulaires dans un mur © Hélène Dessales (ENS)
Mise en œuvre de briques triangulaires dans un mur © Hélène Dessales (ENS)

Ill. gauche : Mise en œuvre de briques rectangulaires dans un mur mur : ici, les briques constituent toute l’épaisseur du mur, avec une disposition alternée en boutisse (à droite, brique posée de telle sorte que sa face de parement soit l’un de ses bouts) et panneresse (à gauche, brique posée de telle sorte que sa face de parement soit l’un de seschants). Itálica (Espagne), 2003.

2de ill. de gauche : Chaîne d’angle avec briques de différentes couleurs : la chaîne d’angle est montée en briques de couleur rouge, tandis que le reste du mur est construit en briques de couleur jaune. Isola Sacra (Italie), 2002.

1ère ill. de droite : Mode de mise en œuvre des briques triangulaires restitué par Piranèse : les briques sont montées avec des joints de mortier de chaque côté du mur, constituant le parement ; au centre, est ensuite versé le blocage, mélange d’agrégat (éclats de pierre, de terre cuite) et de mortier, constituant le noyau du mur. Rome (Italie), 1756.

2de ill. de droite : Mise en œuvre de briques cuites dans un mur : on observe, au premier plan, les briques triangulaires sur chacune des faces du mur et le noyau central en blocage. Ostie antique (Italie), 2002.

 

 Les briques cuites nous renseignent sur le système de production industrielle à Rome

Brique avec timbre épigraphe © Hélène Dessales (ENS)
Brique avec timbre épigraphe © Hélène Dessales (ENS)

Les briques cuites portent des empreintes et des timbres qui nous fournissent des renseignements précieux sur l’organisation de la production. Ces timbres nous donnent le nom du propriétaire (dominus) ou du gérant (officinator) de la fabrique (figlina) privée ou publique ou encore du commanditaire du monument.
Ill. : Brique avec timbre épigraphe : ce fragment de bipedales (brique de 2 pieds de côté, soit 59,2 cm) présente en son centre une marque épigraphe circulaire. Ostie antique (Italie), 2002.

 

Ces timbres posent aussi le problème de la récupération des briques. On sait que les Romains ont utilisé des briques marquées de timbres antonins dans des constructions de l’époque sévérienne : certains stockages s’inscrivent donc dans la continuité.

Briques avec timbres anépigraphiques © Hélène Dessales (ENS)
Briques avec timbres anépigraphiques © Hélène Dessales (ENS)

Il existe des timbres anépigraphiques, telles des traces de doigt ou d’insignes militaires. Système de contrôle de la production extrêmement rigoureux, ils jouaient un rôle essentiel dans le fonctionnement concret des chantiers et la gestion interne des manufactures. Ces timbres correspondaient en effet à une division de la fabrique en plusieurs unités de production et permettaient en effet le comptage des lots de briques.
Ill. : Briques avec timbres anépigraphiques : l’érosion des joints de mortier permet d’observer différents timbres anépigraphiques, caractérisés par l’application de têtes de clous ; les timbres ont été marqués avant la cuisson. Ostie antique (Italie), 2004.


Yann Berthelet
(élève de 1e année, 2004)