Qu’est-ce que la numismatique ?

Par Stéphane Martin

Les objets d’études et les buts de la numismatique Numismatique C’est la science des monnaies et médailles. Elle est particulièrement utile pour les recherches en histoire ancienne (romaine et grecque) et elle sert aussi en archéologie comme critère de datation. .
La numismatique est d’abord et essentiellement la science qui étudie les monnaies. On lui rattache aussi toute une série d’objets monétiformes Monétiformes Objet qui, par sa forme, son aspect, son usage ressemble à une monnaie. , comme les jetons ou les médailles, qui restent plutôt rares pour l’Antiquité. Peuvent également entrer dans son domaine d’étude les objets ayant remplis le rôle de monnaies, tels ces coquillages nommés cauris. Néanmoins, dans tout le monde antique « classique », ce sont les monnaies au sens où nous l’entendons traditionnellement qu’étudient les numismates..

Monnaies athéniennes ©coll. particulière
Monnaies athéniennes ©coll. particulière

Le premier travail du numismate Numismate Collectionneur de pièces de monnaie (voir numismatique). consiste donc à dater, localiser l’atelier, classer les monnaies, et à constituer des corpus Corpus Un corpus est un ensemble de documents, artistiques ou non (textes, images, vidéos, etc.), regroupés dans une optique précise. les plus complets possibles. Mais les monnaies fournissent des informations bien plus diverses qu’une simple (bien que très précieuse) datation.

Les monnaies peuvent être étudiées pour toutes sortes de raisons. Elles nous font connaître des personnages dont nous n’avons par ailleurs aucune autre trace, ou une simple mention littéraire (pour des usurpateurs romains par exemple). Elles peuvent porter la trace d’événements historiques, ou de monuments historiques. En raison de leur grand nombre, elles constituaient un moyen de propagande unique en son genre. Elles intéressent également les historiens de l’art. Enfin, et ce n’est pas leur apport le moins important, elles constituent bien sûr une source extraordinaire pour l’histoire économique, surtout pour des sociétés qui ne nous ont pas laissé de textes, comme les Celtes, ou des textes que nous avons perdus. On peut, grâce aux trouvailles, reconstituer la circulation monétaire Circulation monétaire Le fait que les monnaies circulent et sont acceptées comme moyen de paiement universel dans une aire géographie donnée, qui correspond à la zone d’influence du pouvoir émetteur. référence : Gruel (K.) et Morin (E.), Les Monnaies celtes du musée de Bretagne, Rennes-Paris, Musée de Bretagne-Maison Florange, 1999. , les volumes émis, la durée de circulation, l’aire de circulation, etc.

Monnaie gauloise d’Orgetorix
Monnaie gauloise d’Orgetorix

Ill. : Monnaies athéniennes à la chouette (VIe siècle) et Athéna couronnée d’olivier (début Ve siècle).

Les monnaies retrouvées en contexte archéologique sont de deux catégories : isolées, ou en trésor Trésor Ensemble d’au moins deux monnaies déposées volontairement à l’endroit où il est trouvé. Les trésors sont rarement trouvés en fouilles, mais le plus souvent par hasard. . Le premier travail consiste toujours à identifier la monnaie, quelle qu’elle soit. Mais les informations que l’on peut en tirer et les études que l’on peut mener ne sont pas les mêmes selon qu’elle appartient à la première ou à la deuxième catégorie.

Comme son nom l’indique, une monnaie isolée est une monnaie retrouvée seule (il faut savoir que l’on parle de trésor à partir de deux monnaies), perdue par leur propriétaire. Si les couches n’ont pas été perturbées, les monnaies isolées fournissent de bons marqueurs chronologiques, qui peuvent être très précis, notamment dans le cas des monnaies romaines.

On traite un trésor de manière toute différente. On essaie de dater l’enfouissement avec le plus de précision possible. Les informations qu’il peut fournir sont de différentes natures

Les méthodes employées pour dater sont diverses. Il y a bien sûr l’étude des trésors et des monnaies trouvées en fouille, datés le plus souvent par des facteurs extérieurs. Dans les monnaies peuvent être datées les unes par rapport aux autres, grâce aux types connus et aux monnaies épigraphes datées. On peut également utiliser les surfrappes, ainsi que l’étude des prototypes. Pour établir la chronologie des séquences d’émission, on pratique la liaison de coin Coin Instrument employé lors de la frappe, portant en creux les motifs monétaires. Les coins sont de deux types :
Coin de droit, ou dormant, ou d’enclume : coin enchâssé dans l’enclume, d’où ses noms, portant généralement l’image du droit.
Coin de revers, ou mobile, ou de trousseau : coin tenu par le monnayeur dans sa main, d’où ses noms, portant généralement l’image du revers.
(cf. schéma). Le classement par style peut être utile, il faut néanmoins s’en méfier un peu, et ne pas y superposer des jugements de valeur esthétiques (cette superbe monnaie grecque ne peut appartenir par son style qu’à l’époque classique… alors qu’elle est du II° siècle).

 

DES LIAISONS DE COINS :
Extrait de Gruel K., « La Monnaie chez les Gaulois », 1989.
Série de pièces frappées à l’aide des mêmes coins de droit et (ou) de revers Pile
Revers
Face convexe de la monnaie, envers du droit, portant souvent un motif secondaire.
. On dit que deux pièces sont doublement liées si elles ont même droit et même revers Revers
Pile
Face convexe de la monnaie, envers du droit, portant souvent un motif secondaire.
(B et D) ; elles peuvent ausi être liées simplement par le droit (A, B, C) ou par le revers (C et E) ; la liaison est dite indirecte si une pièce (A) est liée par un coin à une autre (C) qui est elle-même liée à une troisième (E) par l’autre face (E est donc liée indirectement à A par C mais F n’est pas liée).

 

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Les méthodes employées pour la localisation sont plus ou moins les mêmes. C’est bien entendu l’étude des lieux de trouvaille qui est le plus important. Les rares trouvailles de coins monétaires sont elles aussi tout à fait essentielles.

On ne peut faire de l’histoire économique à partir des monnaies qu’une fois que la datation et la localisation ont été menées à bien.

Les analyses chimiques ne sont à mener qu’une fois que tous ces travaux typologiques et que tous ces questionnements « classiques » sont terminés. Il faut au préalable avoir établi avec soin ce que l’on recherche, afin de déterminer la méthode à utiliser, et cela pour pouvoir obtenir les résultats les plus probants.

 

Bibliographie (centrée sur l’Antiquité)

 


Stéphane Martin
(prédoctorant, 2e année, 2006)


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