La frappe monétaire

Par Stéphane Martin

Les monnaies peuvent être fabriquées de deux façons, soit coulées dans un moule, comme le furent pendant très longtemps les monnaies chinoises, soit frappées, comme la plupart des monnaies occidentales. Le principe de la fonte étant évident, l’on s’occupera ici de la frappe.

La frappe monétaire est toujours effectuée dans le cadre d’une émission, décidée par un pouvoir émetteur Pouvoir émetteur Autorité décidant d’une émission monétaire, de son type, de sa quantité. Le pouvoir émetteur n’est pas forcément un État. , suite à ses besoins, qui peuvent être déterminés par des événements précis (guerre, pénurie de monnaies…). On décide de la dénomination, du type et de la quantité à frapper.
Une fois cette décision prise, l’on fait graver les coins par la personne compétente (forgeron, graveur attitré, selon l’organisation, la taille, la permanence de l’atelier). Les coins sont gravés, le plus souvent dans du bronze, en creux et à l’envers, pour obtenir à la frappe une image en relief et à l’endroit. Une fois prêts, les coins sont enchâssés, le revers Pile
Revers
Face convexe de la monnaie, envers du droit, portant souvent un motif secondaire.
dans le trousseau, c’est à dire une gangue en métal permettant de le tenir bien en main et d’y asséner les coups de marteau, le droit dans l’enclume.

On prépare également les flans monétaires. On fabrique d’abord l’alliage souhaité dans le métal correspondant. On obtient ensuite les flans, soit en les coulant dans un moule, soit en les découpant dans une plaque coulée à la bonne épaisseur, soit en découpant une tige de métal. Le métal nécessaire peut venir de minerais fraîchement extraits ou d’anciennes monnaies fondues. On ne prenait d’ailleurs pas toujours la peine de faire fondre les anciennes monnaies, en se contentant de rendre leur surface plus ou moins vierge afin de les refrapper. L’ancien motif est parfois visible après la nouvelle frappe. On parle alors de surfrappe.

Le flan Flan Morceau de métal, préparé dans l’alliage choisi, conformément l’étalon choisi, placé entre les deux coins pour être frappé. était posé sur le coin Coin Instrument employé lors de la frappe, portant en creux les motifs monétaires. Les coins sont de deux types :
Coin de droit, ou dormant, ou d’enclume : coin enchâssé dans l’enclume, d’où ses noms, portant généralement l’image du droit.
Coin de revers, ou mobile, ou de trousseau : coin tenu par le monnayeur dans sa main, d’où ses noms, portant généralement l’image du revers.
dormant (celui enchâssé dans l’enclume), on frappait ensuite la monnaie, que l’on enlevait avant de recommencer. On doit supposer au moins deux, sinon trois ouvriers, pour réaliser l’opération, celui qui frappait et celui ou ceux qui plaçai(en)t le flan et enlevai(en)t la monnaie.

On discute pour savoir si les monnaies étaient frappées à chaud ou à froid, c’est-à-dire si les flans étaient réchauffés pour faciliter la frappe ou pas. Il semblerait qu’ils l’aient été.

On appelle généralement atelier monétaire l’établissement qui frappe monnaie pour un pouvoir émetteur donné (dans le cas de la monnaie grecque, pour une cité donnée). L’atelier romain est celui dont l’organisation le plus connu, grâce aux inscriptions retrouvées à Rome. On trouvait du personnel administratif (surveillant et trésorier, changeur, chef de bureau, employé) et des ouvriers, s’occupant du travail préliminaire du métal (surveillant et trésorier, fondeur, essayeur, marteleur, contremaître, simple ouvrier) et du travail de la frappe (graveur de coins, monnayeurs). Comme on le voit, l’atelier était un lieu bien organisé et réglementé, comme l’on pouvait s’y attendre.

L’atelier est généralement localisé dans la cité pour laquelle il frappe. C’est effectivement le cas le plus courant, mais l’on peut observer deux autres cas de figure : des ateliers frappant pour plusieurs autorités émettrices, et des coins servant à plusieurs ateliers.

En effet, les frappes dans l’Antiquité étaient loin d’être continues, et la plupart des pouvoirs émetteurs ne possédaient donc pas d’atelier permanent. Les ateliers antiques ne ressemblaient pas tous à la Monnaie de Paris.

De plus, les coins monétaires étaient généralement détruits après utilisation, pour ne pas tomber aux mains de faussaires. Ces deux facteurs expliquent pourquoi les ateliers sont très difficilement identifiables en fouille. Sans indice clair, on ne peut distinguer un atelier monétaire d’un atelier de bronzier.

 


Stéphane Martin
(prédoctorant, 2e année, 2006)


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