« Dégradation et restauration de l’architecture pompéienne », par Jean-Pierre Adam & Michel Frizot.

Par Mathilde Carrive

Cet ouvrage se présente comme une contribution apportée à l’effort considérable entrepris par la Surintendance et les pouvoirs publics italiens pour remédier aux dégâts importants qu’a connu le site de Pompéi à la suite du tremblement de terre qui a ravagé les provinces de Basilicate et de Campanie le 23 novembre 1980.

 

 

Adam J.-P., Frizot M., Institut de recherche sur l’architecture antique, « Dégradation et restauration de l’architecture pompéienne »,
Éditions du Centre National de la Recherche Scientifique, 1983.
Broché, 112 pages, français.
ISBN-10 : 2222033616 ; ISBN-13 : 978-2222033615

 

Les destructions provoquées devaient mettre en lumière l’extrême vulnérabilité d’une ville, dont les architectures, vieilles de vingt siècles, furent exhumées à partir de 1748. Depuis plus de deux siècles, par conséquent, des édifices, démunis de toiture pour la plupart, subissent les agressions des intempéries, de la végétation, et des visiteurs, agressions dont les conséquences ont été brutalement accélérées et amplifiées par le séisme.

L’auteur se propose d’établir une typologie brève des dommages provoqués par le séisme et par les autres agressions que nous venons de citer, pour ensuite émettre une série de propositions de méthodes de restauration et d’entretien applicables à chaque type d’agressions. Cependant, avant d’aborder l’étude des causes de destruction de l’architecture pompéienne, il lui semble nécessaire d’en faire d’abord une présentation brève, tant historique que typologique. Cette présentation reprend de façon schématique une étude commencée en 1978, qui devait aboutir en 1981 à l’exposition Pompei 1748-1980 : i tempi della Documentazion et à la réalisation du film Construire et vivre à Pompéi.

Cet ouvrage a donc le grand intérêt d’être à la fois un outil fort utile pour toute étude de l’architecture pompéienne, et un exemple exceptionnel d’une étude précise et méthodique en vue d’une restauration efficace d’un site relayée par un entretien régulier. Son intérêt réside également dans la conception du travail de restauration, et par là-même dans la conception des monuments antiques que l’auteur met en œuvre dans cette étude, et que nous tâcherons de mettre en lumière. Il nous semble enfin que cette étude, appuyée sur une solide base technique et scientifique, toute schématique qu’elle soit aux yeux de l’auteur lui-même qui n’est pas dupe de la distance qui existe entre le regard analytique et l’action sur le terrain, est une bonne image du travail qui devrait systématiquement être fait avant tout projet de restauration d’une certaine envergure.
Pour rendre compte de ce travail, nous suivrons le plan adopté par l’auteur.

 

 Typologie de l’architecture pompéienne

I- Le grand appareil

Le grand appareil pompéien a fait appel à cinq matériaux :

 

II- L’opus africanum

Structure, fort répandue en Afrique du Nord, que l’on voit apparaître dès les premières époques pompéiennes, parallèlement au grand appareil de calcaire régulier. Aussi appelé « appareil à cadre », car il s’agit d’une alternance d’éléments porteurs verticaux reliés par une maçonnerie de moellons Moellon
Moellons
Petite pierre taillée pour la construction des murs, ici ils sont de forme tronconique.
. Donne au mur une grande rigidité.

 

III- La maçonnerie de petit appareil

La maçonnerie de moellons se prête à l’utilisation de tous les matériaux de construction disponibles, et les maçons pompéiens ne s’en sont guère privés. Ils ont exploité dans cette technique toutes les présentations, toutes les tailles, toutes les couleurs. S’il est possible de définir typologiquement chaque organisation des pierres ou des briques visibles sur un parement, la combinaison presque constante de deux agencements ou plus, rend difficile l’identification par une seule formule de chaque exemple de paroi rencontré.

Les maçonneries les plus anciennes sont constituées de deux parements de moellons enfermant un massif de remplissage, constitué de petits blocs et d’argile (technique que Vitruve nomme emplecton). Introduction de la chaux au IIIe mais qui n’améliore guère la qualité du noyau de la maçonnerie en raison de sa faible proportion. En revanche une grande application est apportée aux parements : les mortiers de jointement, de sols et des enduits sont d’une qualité remarquable.

La présentation des parements :

  • opus incertum : juxtaposition de moellons sans taille ni forme particulière. Structure présente tout au long de l’histoire de l’architecture pompéienne, en raison de sa simplicité d’exécution et de son économie.
  • Opus quasi-reticulatum : moellons assemblés en assises biaises approximativement inclinées à 45°. Apparaît après l’installation de la colonie des vétérans de Sylla en 80 av. J.-C. Se trouve entre autres aux thermes du forum et à la grande citerne les desservant, et à l’Odéon.
  • Opus reticlatum : a pu être mis en œuvre grâce à l’amélioration de l’exploitation des carrières qui a conduit à la production en grande série de moellons de tuf à parement carré régulier.
  • Opus vittatum : composés de moellons rectangulaires. Relativement peu employé à Pompéi. En revanche on trouve souvent des moellons rectangulaires associés aux briques, ce qui constitue une variété d’opus mixtum.
  • Opus testaceum : emploi des briques seules qui constitue une maçonnerie homogène. Il est utilisé pour le château d’eau principal et une partie des châteaux d’eau secondaires, mais c’est surtout après le tremblement de terre de 62 que les programmes édilitaires vont faire appel à la brique.

 

IV- Arcs et voûtes

En ce domaine, les réalisations des architectes pompéiens restent modestes, à l’échelle des monuments de leur petite cité. Par contre, le nombre d’arcs et de voûtes de petite dimension y est tout à fait considérable. On peut observer sur les parois des traces qui nous informent sur la manière dont les maçons préparaient la construction d’une voûte : utilisation de cintre notamment.

 

V- Conséquences du séisme de 62

Le violent tremblement de terre de 62 av. J.-C. devait nous priver d’une ville Samnite intacte, enrichie d’un programme édilitaire Augustéen. En effet, les reconstructions nécessaires qui affectèrent la cité entière ont occulté et profondément modifié des maçonnerie anciennes, et, dans plusieurs cas, rasé au sol des édifices trop endommagés.

En 79, la totalité des travaux était loin d’être terminée et certains monuments sont demeurés tels que le séisme les avaient laissés (exemples du Temple de Jupiter et de la Porte d’Herculanum).

En fonction des dommages subits, chacun dut procéder à des travaux de réfection que la fortune ou l’imagination adaptait aux nécessités. Les fissures furent naturellement les désordres les plus nombreux et furent obstruées le plus souvent avec des matériaux céramiques de petites dimensions. L’apposition d’un enduit assurait le camouflage de structures ainsi reconstituées. Les maçons réutilisèrent même des fragments de sols ou de bétons pour accélérer les travaux.

Les murs non fissurés mais prenant le gîte, furent soutenus soit par des contreforts isolés, soit par des contre-murs.

 

VI- Matériaux de construction pompéiens

L’auteur énumère ces matériaux en les décrivant et en indiquant leurs principales utilisations, ce qui permet de reprendre sous un autre angle ce qui vient d’être dit : lave dure, lave alvéolaire ou scories, ponces, tufs volcaniques, tuf calcaire, calcaire blanc, marbres, matériaux céramiques, mortiers et bétons de sols, bois, métal.

Les enduits : souvent confectionnés avec un mortier de très bonne qualité. Appliqués en trois couches successive d’épaisseur dégressive et de finesse granulométrique croissante. Ils peuvent recevoir une décoration peinte ou bien un décor en relief.

Les enduits se désolidarisent facilement de la maçonnerie de support et créent ainsi un espace où se manifestent les conséquences de l’hétérogénéité des structures et où la végétation trouve un terrain de développement particulièrement préjudiciable pour l’architecture.

Les enduits subissent également les effets de l’humidité issue du sol par capillarité ou venue du faîtage dépourvu de protection. Les peintures quant à elles sont en plus exposées à l’agression du soleil.

 

 Les causes de destruction

I- Le tremblement de terre du 23.11.1980

Les dégâts peuvent schématiquement se classer en trois catégories, du reste susceptibles de se combiner :

  1. Effondrements : aucun édifice n’a été complètement abattu, mais dans la région VII, qui a été la plus gravement atteinte, les effondrements affectent des murs et pans de murs entiers.
  2. Fissures : en nombre considérable. Affectent aussi bien la maçonnerie de moellons que le grand appareil. C’est dans les murs à parements de moellons grossièrement taillés qu’elles sont les plus nombreuses. Pour le grand appareil, c’est le tuf de Nocera qui s’est montré le plus sensible aux secousses, les blocs se fissurant profondément.
  3. Gîtes : provoqués par l’absence de chaînage entre les murs, due à la disparition des charpentes, de plancher et de couverture. La plupart des gîtes concernent des pans de mur entiers, désolidarisés des murs latéraux et de refends, et prennent une inclinaison en direction opposée de ces supports.

 

II- La végétation

Le sol autour du Vésuve, dès que l’on s’éloigne des flancs du cône volcanique, est d’une prodigieuse fertilité et cela n’excepte pas Pompéi.

Parmi la multitude des plantes parasites croissant librement sur le site, il a été fait un choix de ceux rencontrés le plus fréquemment et l’auteur en présente la liste.

Les terrains et parties de construction où l’agression végétale est la plus préjudiciable sont :

  1. le sol nu : c’est bien biens sûr le meilleur espace de développement de la végétation mais c’est aussi là où on peut le mieux la combattre. Ce sont dans les espaces ouverts des maisons d’habitation fermées au public ou très peu visitées que la croissance est la plus spectaculaire. Le risque réside dans le fait que la couverture végétale s’appuie à la maçonnerie, s’y incruste et la recouvre, maintenant ainsi une humidité nuisible.
  2. les sols revêtus : les rues possédant un revêtement de dalles de lave sont invulnérables à la végétation, mais dans les maisons non protégées, les agressions végétales sont aptes à détruire toutes les formes de revêtement. La végétation est particulièrement néfaste pour les sols en opus signum.
  3. la maçonnerie : la disparition de la couverture et l’altération de l’enduit expose la maçonnerie à la végétation qui produit d’importants dégâts.

 

III- L’eau

Le passage régulier de l’eau de pluie et son accumulation dans la maçonnerie favorisent l’épanouissement d’une végétation de fontaines et de mousses. C’est la situation par excellence des chenaux obstrués, des écoulements d’eau de pluie défectueux ou des descentes d’eau disloquées. Sur les parois intérieures des cernes et efflorescences altèrent les enduits peints.

L’action mécanique de l’eau de pluie s’exerce sur les parois enduites, en provoquant une érosion des couches pigmentées puis du mortier lui-même.

Quand elle rentre dans les maçonneries non protégées elle entraîne la terre et le sable des mortiers créant des vides dangereux, ou bien fait gonfler l’argile qui se désolidarise des moellons.

 

IV- L’érosion touristique

La circulation de dizaines de milliers de touristes tout au long de l’année entraîne inévitablement des dégradations multiples. L’auteur fournit les chiffres des visiteurs de Pompéi communiqués par la Direction des fouilles.

À ces visiteurs sont imputables deux types de dommages :

  • des usures de passage : la simple circulation quotidienne de milliers de piétons entraîne une érosion considérable des sols.
  • des vandalismes et des vols : apposition de graffiti sur les enduits peints, arrachement d’enduits décollés, destruction pure et simple de maçonneries branlantes, prélèvement de fragment de stuc, de marbre et de panneaux peints.

 

V- La pollution atmosphérique

Densité d’installations industrielles dans la région napolitaine.

Les fumés et gaz provenant des usines, combinés à l’humidité atmosphérique, provoquent la formation d’acides qui attaquent les roches calcaires. Les matériaux volcaniques, eux, résistent assez bien à de telles agressions. Les parois les plus vulnérables sont celles revêtues d’enduits peints (desquamation de la pellicule peinte jusqu’à disparition de tout l’enduit).

Deux autres sources graves d’émanations dangereuses : proximité de l’autoroute Naples-Salerne et présence des autocars de tourisme dont le moteur reste scandaleusement allumé pour maintenir la climatisation.

 

VI- Entretien, restauration

Les archéologues de la Surintendance doivent remédier aux faiblesses et parfois aux incohérences des restaurations anciennes, qui s’avèrent souvent insuffisantes voire maléfiques : bois tendres et insuffisamment traités qui pourrissent, erreurs techniques de mises en œuvres qui entraînent de graves désordres, mauvaise utilisation du béton armé, maçonnerie protégées sans être reconsolidées de l’intérieur ce qui s’avère inefficace, traitement peu efficace des enduits et de plus souvent réalisé sans que la maçonnerie porteuse soit traitée, dégradations lors du des opérations de désherbage (arrachage du lierre par exemple qui entraîne parfois enduits ou maçonnerie).

 

 Caractérisation des matériaux de construction de Pompéi

(par Michel Frizot)

I- Description et situation des échantillons

Cette étude est une caractérisation partielle des matériaux de construction pompéiens qui ont été prélevés sur des structures directement accessibles sans porter dommage aux vestiges. Elle rend compte de la nature physico-chimique et géologique des matériaux dont la connaissance permettrait de mieux comprendre l’action des agents extérieurs.

L’auteur donne une description de chaque échantillon analysé, en se servant notamment des courbes granulométriques des sables des mortiers ou des couches d’enduit. Les échantillons sont groupés selon la région de Pompéi dont ils proviennent.

 

II- Résultats généraux

A partir de cette description, l’auteur fournit les résultats généraux sur :

  • la nature des matériaux (mortiers et enduits)
  • la granulométrie
  • la quantité de chaux

 

Conclusion :

Présence de deux types de matériaux qui ont été mélangés à de la chaux en proportion variable : pouzzolane à forte partie fine et granulométrie non polarisée pour les mortiers, agrégat local d’origine volcanique à granulométrie plus polarisée pour les enduits.

On a utilisé manifestement davantage de chaux pour les enduits, ce qui, ajouté au fait qu’ils contiennent moins de partie fine, les rend plus durs et plus solides que les mortiers.

En règle générale, il n’y a aucune analogie de constitution entre l’enduit et le mortier du mur qu’il protège (choix du matériau, granulométrie, lavage, etc.).

 

Perspectives de conservation :

La différence de constitution entre les mortiers et les enduits protecteurs de la maçonnerie induit un manque d’adhérence et de cohésion qui explique le détachement des enduits de leur support sur l’ensemble du site. Du fait de la faiblesse en chaux des mortiers, celle-ci ne peut jouer son rôle de liant en enrobant tous les éléments, d’où le défaut d’adhérence du mortier aux moellons du blocage ou du parement. Lorsque le blocage est exposé à l’air libre, le mortier offre très peu de résistance aux intempéries.

D’autre part, les mortiers sont très sensibles à l’eau et à l’humidité, qui les désagrège très facilement et fait gonfler les parties fines.

L’auteur termine par une caractérisation des matériaux des murs, moellons et pierres de blocage et conclut sur la grande hétérogénéité de la maçonnerie qui comporte des matériaux de dureté, de poids et de porosité très variable.

 

 Propositions de restauration de l’architecture pompéienne

I- Consolidation des murs de maçonnerie

Retenus généralement par leurs seuls parements devenus coffrages permanents, les murs pompéiens doivent bénéficier d’une régénération complète du mortier de leur massif de remplissage. Cette opération ne peut se faire que par imprégnation d’une colle fluide, enrobant tous les matériaux d’un parement à l’autre et introduit dans le cœur de la maçonnerie sous la forme de coulis ou d’injections. Grâce à ce procédé, les parements conservent leur aspect originel, condition absolument impérative de préservation du document antique.

L’auteur commence par définir les différents produits pouvant servir de colle et susceptibles d’avoir la fluidité requise, en envisageant les avantages et les inconvénients de chacun :

  • les chaux aériennes :
    Avantages : ce sont elles qui étaient utilisées dans l’Antiquité.
    Inconvénients : l’agent de prise est l’air et la chaux aérienne pure mêlée à l’eau risque, à l’intérieur du mur, de ne jamais se cristalliser.
    >> Les chaux aériennes peuvent donc être utilisées pour la reconstruction mais en aucun cas pour des injections.
  • la chaux hydraulique : présente les qualités requises pour des injections fluides.
  • les ciments : ne peut être utilisé que pour la reconstruction complète d’un massif de maçonnerie, du fait de la trop grande dureté du matériau et des phénomènes de dilatation auxquels il donne lieu.
  • les résines époxy : le risque avec ce matériau est la constitution de noyaux durs totalement désolidarisés des autres matériaux, équivalent à l’introduction de cailloux dans le mur. Elles ne doivent donc être utilisées que pour le recollage des blocs de pierre de grand appareil fissurés ou des fragments d’une colonne brisée.
  • le silicate de soude : présente les qualités requises pour des injections fluides. Cependant il est plus cher que la chaux hydraulique.

La restauration d’un mur de maçonnerie se décompose en trois opérations chronologiques : les fondations, l’élévation, le faîtage.

  1. Dans la majorité des cas on aura recours aux injections dans le massif de fondation pour le régénérer et dans le sol pour le densifier. L’auteur décrit dans le détail la méthode à suivre pour ces injections (préparation des coulis, injection d’un premier coulis de chaux hydraulique puis d’un second de silicate de soude, vérification de l’efficacité de ces injections).
  2. La méthode est la même pour les élévations que pour les fondations, mais en plus, à la fin de chaque tranche de travail, une plaquette de bois clouée portera la date de l’opération afin de permettre une éventuelle vérification de la qualité de l’injection et d’établir le temps nécessaire à la prise, temps au-delà duquel il sera procédé à la deuxième injection.
  3. Le faîtage doit recevoir un traitement complémentaire pour éviter la pénétration directe d’eau de pluie et la croissance des végétaux parasites. Le haut du mur sera protégé par une chape de mortier étanche contenant un hydrofuge, elle-même protégée par une couche de moellons.

 

II- Dommages du tremblement de terre

  1. Effondrements : La reconstruction aura pour préalable la régénération des parties demeurées en place à l’aide de coulis. La reconstruction à l’identique des zones détruites pourra se faire en s’aidant des documents de la couverture photographique de l’I.C.C.D. On prendra soin, afin de respecter la nature et les caractéristiques des matériaux, de lier la maçonnerie reconstruite au mortier de chaux au sable du Vésuve.
  2. Fissures : Dans les murs de maçonnerie, les fissures fines seront reprises en même temps et de la même manière que la régénération de l’ensemble de la maçonnerie et les fissures plus larges seront comblées par un coulis de mortier de chaux hydraulique au sable local. Dans les murs de grand appareil en tuf volcanique, les fissures seront garnies de résine époxy.
  3. Gîtes  : Les murs inclinés représentent les dommages les plus difficiles à réparer. Traditionnellement, deux méthodes étaient utilisées : le démontage du mur et sa reconstruction d’aplomb et l’apposition de contreforts et de contre-murs de soutènement. La seconde n’est guère acceptable de nos jours, constituant une altération grave, et si la première est adaptée aux murs de grand appareil, il est au contraire impossible de reconstruire à l’identique un mur de petit appareil. Pour la maçonnerie, l’auteur pense donc que le moyen susceptible de remettre ces murs d’aplomb avec le plus d’efficacité et un total respect des apparences, consiste à en assurer mécaniquement le redressement à l’aide de crics ou de vérins. L’auteur indique la marche à suivre.

 

III- Recollage des enduits

La restauration in situ des enduits peints est une tâche difficile.

La première étape consiste à restaurer la maçonnerie de support par la méthode des injections de coulis. L’auteur conseille l’utilisation de coulis de chaux hydraulique stabilisé par addition d’argile et brassage à grande vitesse.

Lorsque la régénération du mortier de support est assurée, on protège les interruptions de l’enduit par une bordure en mortier de chaux au sable fin.

La paroi peinte doit alors être protégée et renforcée par un badigeon de Paraloïd B 72 qui est une résine acrylique diluée dans du chlorothène. Il s’agit d’une protection de surface destinée à durcir la couche pigmentée et à recoller les écailles de peinture décollées.

 

IV- Lutte contre l’humidité

La régénération des mortiers et leur protection constitue déjà une première mesure freinant les pénétrations d’eau. Toutefois, ces travaux ne suffisent pas à éliminer les infiltrations qui ne peuvent être véritablement arrêtées, en partie basse que par un barrage étanche, et en partie haute par l’existence d’une véritable toiture.

La mesure la plus couramment appliquée (introduction dans le soubassement du mur de feuilles de plomb qui doivent assurer un barrage infranchissable pour les remontées capillaires d’humidité) ne peut être vraiment efficace que lorsqu’elle est mise en œuvre au moment de la construction. Il faut donc expérimenter des imperméabilisations de la base des murs à l’aide d’injections d’hydrofuges en choisissant des maçonneries enduites mais de moindre intérêt. Les incidents possibles dus aux phénomènes de retraits et de dilatation du produit hydrofuge exigent impérativement des essais préalables.

La pose de drains Drain
Drains
Conduit destiné à évacuer les eaux gorgeant le sol.
poreux périphériques donne de bons résultats mais demande des travaux incompatibles avec le caractère archéologique du site.

 

V- Remplacement et traitement des pièces de bois

Les bois utilisés pour la restauration des linteaux de baies, des pans de bois ou des charpentes, doivent répondre à des critères de robustesse et de durabilité qui, jusqu’à présent, ont été très loin de donner satisfaction.

Afin de bien déterminer le problème, l’auteur livre un tableau caractérisant les différentes essences selon leur densité et leur durabilité. Leur durabilité est envisagée selon leur situation dans l’espace, c’est-à-dire leur contact avec l’air et l’humidité.

Ce tableau fait apparaître que les meilleurs bois sont le chêne et le châtaigner et que de telles pièces mises en œuvre bien sèches peuvent se dispenser de traitement. L’utilisation d’autres espèces (sapin, pin sylvestre et peuplier) nécessite impérativement le recours à un traitement préalable fongicide et insecticide. L’auteur indique les deux produits qu’il conseille.

 

VI- Lutte contre la végétation

  1. Retrait de végétaux : La première mesure pour éviter le développement de la végétation au sol et sur les murs consiste, sur tous les sols démunis de revêtement, à raser la végétation puis à retourner la terre et à semer une graminée dense, régulièrement entretenue, s’opposant au développement des autres espèces. Le retrait de la végétation enracinée dans les maçonneries ou adhérant aux enduits, représente la tâche la plus délicate et souvent la plus destructrice. Il s’agit d’une opération trop tardive et nécessairement préjudiciable. L’auteur indique comment les retirer en limitant les dégâts.
  2. Utilisation de produits destructeurs et préventifs  : Chaque fois que cela sera possible, on évitera de recourir aux défoliants et aux désherbants dont les effets sont difficiles à limiter et l’accumulation nuisible à l’équilibre écologique, pour préférer la solution naturelle de maîtrise et d’entretien constant d’une végétation sélectionnée et contrôlée. Mais cette solution exige un personnel nombreux, qualifié et vigilant, le site de Pompéi devenant, dans cette formule idéale, autant une pépinière et un parc floral qu’un site archéologique. Dans l’attente de cette réalisation, il semble difficile d’éviter le recours aux produits chimiques destructeurs. L’auteur présent donc une sélection de produits.
  3. Lichens et mousses : Les végétaux affectant essentiellement l’aspect des parements de grand appareil et certains enduits, sont relativement facile à éliminer sans recourir à un matériel complexe. Il s’agit de pulvériser sur la paroi une solution de formol destinée à détruire les végétaux, de nettoyer, puis de pulvériser une solution de sels de zinc pour prévenir le retour des végétaux.

 

VII- Pollution atmosphérique

Elle est le fait de trois sources abondantes : les fumées industrielles, les chauffages domestiques au mazout et les gaz d’échappements. Les dispositions de prévention contre ces agressions débordent largement de la seule autorité des services archéologiques, mais il est légitime que les responsables du site fassent connaître leurs craintes et appuient avec vigueur les demandes de mesures préventives (filtrage des fumées industrielles par exemple), comme cela s’est produit pou la sauvegarde de l’Acropole d’Athènes.

 

 Appréciation critique de l’ouvrage

Nous avons dit en introduction que nous nous attacherions à mettre en lumière la conception du travail de restauration et par là-même la conception du monument antique dont témoigne cet ouvrage. C’est à cet effet que nous avons surligné certains passages dont nous allons faire ici la synthèse.

Le premier terme qu’il nous semble important de souligner est de celui de « document antique ». Comme il le montre dans la première partie du quatrième chapitre, J.-P. Adam considère le site pompéien, et en particulier ici les bâtiments, comme un document, qui, en tant que preuve, témoignage servant à instruire sur une époque donnée, doit être conservé dans la mesure du possible dans un état le plus proche possible de son état originel. La reconstruction, quand reconstruction il y a, doit donc se faire impérativement à l’identique, jusque dans les matériaux utilisés, Adam recommandant d’utiliser un mortier de chaux au sable du Vésuve pour lier les maçonneries reconstruites. On peut noter dans cette perspective l’importance des archives dont l’auteur recommande l’utilisation, notamment en indiquant la possibilité de s’aider des documents de la couverture photographique de l’I.C.C.D. La restauration est donc définie par J.-P. Adam comme un travail consistant à préserver le bâtiment antique en s’aidant de toutes les sources possibles nous permettant de respecter son aspect originel, afin de lui laisser toute sa valeur de document. Définition qui pourrait se résumer par la formule de l’auteur que nous avons surlignée plus haut : « avec le plus d’efficacité et un total respect des apparences ».

Et, ce qui fait toute la valeur de cet ouvrage, c’est que les moyens proposés par J.-P. Adam sont à la hauteur de l’exigence de sa conception du travail de restauration. Il insiste en effet à plusieurs reprises (c.f. par exemple IV, IV, 2) sur la nécessité de faire des essais avant l’utilisation de certains produits, afin d’éviter tout risque d’endommagement du bâti par la restauration elle-même. Car il est bien conscient que des erreurs dans la restauration ou dans l’entretien peuvent être la source de dégâts aussi importants que ceux causés par la nature ou par les touristes (« Les archéologues de la Surintendance doivent remédier aux faiblesses et parfois aux incohérences des restaurations anciennes, qui s’avèrent souvent insuffisantes voire maléfiques »). L’intérêt de cette démarche est de mettre en lumière la grande importance du travail préliminaire de réflexion, d’analyses et d’essais qui doit précéder toute restauration. Et ce, tout en ayant conscience que le manque de moyens ou l’urgence de certains travaux doit parfois faire l’emporter des solutions dans l’idéal moins satisfaisantes sur le plan de l’efficacité ou sur le plan du respect des apparences. Mais la question se pose : est-il préférable d’apporter une restauration d’une efficacité limitée à long terme et qui ne respecte pas totalement l’aspect originel du bâti, ou de refuser un tel pis-aller et laisser « mourir » un bâtiment très endommagé ? La réponse qu’apporte ici J.-P. Adam est peut-être discutable, mais son ouvrage nous laisse en tout cas sentir la distance qui existe entre ce qu’il faudrait idéalement faire, et ce qu’on peut, sur le terrain, faire.

Nous aimerions enfin insister sur un dernier point qui a suscité notre intérêt : la conception globale qu’a l’auteur du site archéologique de Pompéi. Cela est particulièrement sensible dans les propositions concernant la lutte contre la végétation et la pollution atmosphérique. Il considère en effet que le travail sur un site comme celui de Pompéi doit être apprécié au moins à l’échelle de la région, notamment pour ce qui concerne la lutte contre les pollutions atmosphériques dues aux fumées d’usines et aux gaz d’échappement, et doit donc attirer l’attention des différentes autorités. Notons également qu’il prend en compte l’équilibre écologique du lieu qui, lui aussi, doit être respecter. Le site de Pompéi, pour garder toute sa valeur de document antique accessible au public, devrait peut-être être considéré autant comme « une pépinière et un parc floral » que comme « un site archéologique ».

Voilà donc une vision d’ensemble de la restauration d’un site, qui, en dépit de son aspect à première vue très technique et spécifique, peut intéresser nombre de lecteurs par la conception qu’il met en œuvre du bâtiment antique et du site archéologique.

 


Mathilde Carrive
prédoctorante de 1ère année