L’archéologie funéraire I : le mort et sa sépulture

Par Sylvain Perrot

L’archéologie funéraire consiste à étudier les restes matériels de sépultures ou d’ensembles funéraires. Or les tombes sont une aubaine pour l’archéologue : si certaines tombes sont modestes, d’autres en revanche se caractérisent par leur imposante architecture, et de fait constituent des ensembles archéologiques particulièrement visibles, voire aisés à explorer. Certaines sont même renommées pour la richesse des mobiliers qu’elles recélaient, attirant nombre de pillards. L’archéologie funéraire nous invite donc à explorer un monde particulier, qui n’est plus celui des vivants mais qui n’est pas encore celui des morts…

 Les espaces mortuaires

Localisation des structures funéraires

On peut trouver des structures funéraires à proximité des espaces occupés par les vivants : certaines populations enterrent leurs morts dans un terrain adjacent à leur propriété voire sous le sol de leur maison.

Tombe à Saqqara, Egypte. ©Guy Lecuyot
Tombe à Saqqara, Egypte. ©Guy Lecuyot

D’autres en revanche considèrent la mort comme une souillure et instaurent une nette séparation entre monde des vivants et monde des morts : c’est le cas de la majorité des sociétés antiques qui installent les nécropoles à l’extérieur des murs de leur ville et non dans le centre urbain. Parfois on retrouve des complexes funéraires, les tombes se trouvant à l’intérieur ou autour de sanctuaires Sanctuaire
Sanctuaires
Lieu sacré, consacré par une religion.
.
Ill. : Fouilles du musée du Louvre à Saqqara. Intérieur de la tombe F17 avec un amoncellement de momies datant de la fin de l’époque dynastique ou du début de l’époque ptolémaïque. (Egypte, 10/2003).

Organisation des structures funéraires

Tombe d’Acy-Romance, France. ©Bernard Lambot
Tombe d’Acy-Romance, France. ©Bernard Lambot

Le mort peut tout d’abord avoir bénéficié d’une sépulture individuelle ou au contraire avoir été enterré dans une sépulture collective (les morts ont été enterrés à des dates différentes) ou multiple (les morts sont issus de sépultures plus anciennes et ont été regroupés dans une seule et même sépulture à une même date).

Ossuaire à Ribemont-sur-Ancre, France.
Ossuaire à Ribemont-sur-Ancre, France.

Ill. : Amas d’ossements dans un ensemble funéraire interprété comme un charnier. (Ribemont-sur-Ancre, 2003)
On peut en outre distinguer les fosses communes des tombes familiales, où un espace est réservé à chaque membre de la famille. Le mausolée Mausolée
Mausolées
Tombeau somptueux et de grandes dimensions.
, imposant monument funéraire, accueille généralement les membres d’une dynastie (mausolées d’Auguste et d’Hadrien à Rome).

Cas particuliers

L’ossuaire est un endroit où sont arrangés les os de plusieurs sujets venant de tombes différentes. Le reliquaire s’inscrit dans un contexte religieux : il s’agit d’un objet (coffre…) contenant les restes d’un saint par exemple. Le cénotaphe est un monument funéraire érigé en l’honneur du mort, mais il n’en accueille pas la dépouille ni les cendres. Le mausolée de Glanum en est un fameux exemple.

 

 Organisation de la tombe

Architecture funéraire

Tombe de Monterenzio Vecchio, Italie. ©Thierry Lejars
Tombe de Monterenzio Vecchio, Italie. ©Thierry Lejars

Ill. : Vue générale d’une tombe avec dépôt d’objets. (Monterenzio Vecchio, Italie, 2000)
La forme de la tombe varie selon les époques et les sociétés. On peut tout d’abord se servir des espaces créés par la nature, comme les abris-sous-roche, les grottes sépulcrales. Parfois, on se contente de recouvrir le corps d’objets comme des os de mammouth, des pierres, l’amas étant plus ou moins important. Mais la tombe peut prendre un aspect bien plus imposant : c’est le cas des tumulus (circulaires, allongés ou géométriques), qui prennent souvent la forme de buttes. Il faut ajouter les cistes (coffres funéraires) situés en plein air, faits de dalles, de tuiles ou de pierre (marbre par exemple). Enfin, les plus belles tombes sont celles qui font l’objet d’une construction : on peut penser au dolmen, à une allée couverte, à un tombeau creusé avec un coffrage en bois ou avec un coffrage en pierre (caveau). Beaucoup de ces tombes sont sous terre (hypogées), mais les structures les plus majestueuses sont les édifices construits à même le sol : tombe à tholos mycénienne et surtout les grandes pyramides Égypte.

Les objets dans la tombe

Garniture en bronze de récipient, Monterenzio, Italie. ©Thierry Lejars
Garniture en bronze de récipient, Monterenzio, Italie. ©Thierry Lejars

Ill. : Monte Bibele, Monterenzio, Italie, 2000
Le corps du défunt peut être accompagné d’objets, ce qui a attiré les pilleurs de tombes. Dans la majeure partie des cas, il y a peu d’objets, et quand il y en a, ils sont de faible valeur. Mais certaines tombes contiennent un grand nombre d’objets à en faire pâlir Crésus. C’est le cas en particulier des tombes égyptiennes (tombeau de Toutankhamon) ou des tombeaux étrusques (appelés « tombes princières »). Les objets retrouvés sont des armes, des récipients en métal ou en céramique, des éléments de parure (bijoux en métaux ou pierre précieux)…

Céramiques, Monterenzio, Italie. ©S. Vitali
Céramiques, Monterenzio, Italie. ©S. Vitali
Casque offrande, Monte Bibele, Italie. ©Thierry Lejars
Casque offrande, Monte Bibele, Italie. ©Thierry Lejars

Ill. : Éléments de vaisselle, typiques des banquets, retrouvés dans une tombe : passoire, cratère et mortier, début du IIIe s av. J.-C. (Monte Bibele à Monterenzio, Italie, 2000)
Casque en fer avec appliques ornées en bronze fin IVe av. J.-C. (Monte Bibele, Italie). IN BENOIT S. (dir.), GRUEL K. (dir.), LECUYOT G. (dir.). — L’archéologie à l’Ecole normale supérieure : ouvrage dédié à Christian Peyre. Paris : UMR 8546 (Archéologies d’Orient et d’Occident), 2002.

 

 Le défunt

Traditions funéraires

L’inhumation consiste à enterrer le mort. Elle est dite secondaire quand le cadavre a été déposé dans deux endroits différents (un où les chairs se décomposent et l’autre où les os sont enterrés). Il est des cas où on l’immerge. Un cas particulier d’inhumation est l’enchytrismos : l’individu est enterré debout dans une jarre. Il faut ensuite distinguer la crémation (on brûle le corps mais il reste des os calcinés) et l’incinération (le corps est réduit en cendres et ces dernières sont placées dans une urne, un cippe ou un colombarium). La crémation est dite primaire lorsque le mort est brûlé et enterré au même endroit ; elle est dite à dépôt secondaire lorsque ces deux lieux sont différents. On peut laisser faire la nature : décharnement par putréfaction ou action animale, parfois par enlèvement des parties molles. Au contraire, on peut essayer de préserver le corps : momification… On peut enfin utiliser le corps du mort : cannibalisme rituel, récupération des ossements…

La taphonomie, ou l’étude des processus de conservation et destruction d’un cadavre

Ces processus peuvent résulter de l’intervention d’agents naturels : érosion, altérations physico-chimiques dues au milieu (en milieu acide, le squelette disparaît, alors qu’en milieu non acide, ce sont seulement les parties organiques qui disparaissent), activités des micro-organismes et des animaux fouisseurs.

Sarcophage anthropomorphe en bois, Saqqara. ©Guy Lecuyot
Sarcophage anthropomorphe en bois, Saqqara. ©Guy Lecuyot

Les vivants peuvent faire en sorte que le corps soit protégé en partie. Jouent ce rôle les vêtements et linceul, les cercueils (bois, pierre, plomb, plâtre) et sarcophages… En outre, le mort peut ne pas être en contact direct avec le sol : c’est le cas des tombes à char (le mort est placé sur un char) ou de celles qui contiennent un bateau funéraire. Il peut s’agir d’interventions humaines ultérieures : pillage, remaniements de la tombe qui peuvent entraîner un phénomène de réduction (les os sont rassemblés en tas pour faire de la place à un autre occupant).
Ill. : Fouilles du musée du Louvre à Saqqara. Sarcophage anthropomorphe en bois avec le visage doré. Il reposait sur le sol du caveau de la tombe F 17 et peut être daté de la fin de l’époque dynastique ou du début de l’époque ptolémaïque. (Égypte, 04/2004)

 

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Sylvain Perrot
(élève de 1e année, 2004)